N'oublie pas d'arroser l'olivier

11 mars 2016

Le citronnier de mon père

J'ai le plaisir de vous annoncer la mise en ligne de mon roman: " Le citronnier de mon père. " sur le site numérique Librinova. N'hésitez pas à l'acheter et surtout d'en parler autour de vous. Merci les amis. http://www.librinova.com/shop/tahani-khalil-ghemati/le-citronnier-de-mon-pere

Le citronnier de mon père - Tahani Khalil Ghemati
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15 novembre 2015

Rêver

"Rêver, c'est se désintéresser."

Henri Bergson

Un ami libanais m’a demandé l’autre jour : - Pourquoi n’écris-tu plus ? Ta compagnie me manque ainsi que tes écrits. Je compte sur toi, c’est un beau cadeau que tu me ferais ainsi qu’à tes lecteurs. Touchée par sa bienveillance à mon égard j’avais alors répondu : - Je n’écris plus depuis des mois, c’est le blocage total et puis je n’ai pas de sujets inspirants ou joyeux en ce mois de novembre morose souvent plongé dans un épais brouillard matinal. Je suis épuisée, lasse et résignée. Beyrouth à l’atmosphère pesante et parfumée d’effluves de poubelles. La Libye ignorée, méprisée et délaissée de tous. Les enchainements de mauvaises nouvelles encaissés presque sans ciller : la disparition violente d’un ami, un attentat de plus à Beyrouth et maintenant celui de Paris. Sonnée par cette déflagration, envahie par les images, submergée d’incompréhension, débordée d’interrogations je ne sais plus par où commencer, quoi écrire ou penser. Des morts, des blessés, des survivants, des gens hagards, un François Hollande livide, le déploiement de l’armée et l’utilisation du mot : Guerre. C’est la guerre. Mais la guerre contre qui et quoi ? Qui sont-t-ils ? D’où sortent-t-ils ? Le déchainement médiatique depuis quarante huit heures frise l’indécence et le voyeurisme devenus des rituels à chaque événement tragique. Les débats stériles sur les plateaux, les intellectuels, les politiciens, les stars se gargarisant de discours géopolitiques noyés d’indignation, d’effroi mais surtout de méconnaissances affligeantes. Tout le monde s’auto proclame spécialiste et quelle belle rampe de décollage pour la haine ainsi que l’instinct de protection et par conséquent d’isolement. Des tranchées qui se creusent chaque jour un peu plus. Une distanciation inévitable entremêlée de frayeur et de rancœur. La grande France et Paris sa capitale viennent d’être attaqués dans tout ce qu’elle a de plus précieux : la vie, la musique, les cafés, sa jeunesse. Je regarde défiler des slogans tous aussi anecdotiques les uns que les autres : Go out, drink , listen to music, dance, eat, speak, make love, go naked, be free. Live.

C’est évident que nous continuerons à vivre comme tous ceux qui survivent dans tous les pays arabes meurtris depuis des décennies. Il faudra composer avec cette nouvelle donne. Une réalité triste au sein duquel nos enfants devront grandir. Des kamikazes jaillis d’une réalité qui incarne la mort et l’obscurité viennent de prouver leur toute puissance glaciale et méthodique dépassant toute logique occidentale. Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient c’est à dire que l’on débatte à leur sujet.  Eux, aux cerveaux vacants squattés par un endoctrinement parfaitement contrôlé. Mais tout cela nous le savons déjà. Comme toujours dans des états de choc, la réflexion n’arrive à se frayer un chemin que péniblement. Le déversement émotionnel à outrance qui s’est immiscé dans nos foyers et relayé allégrement par les médias sociaux laisse une place infime au recueillement. Nous avons tous sortis nos drapeaux bleu blanc rouge pour nous rassurer ou confirmer une appartenance identitaire aux contours de plus en plus flous.

J’ai suivi le mouvement par solidarité ensuite je me replongée dans mes souvenirs de printemps arabes mués en hivers froids et sombres sans cheminée ni électricité. La Libye, mon pays natal et ses habitants au destin d’otages exilés à vie. Je n’écris plus parce que j’ai été arrachée au forceps. Ligaturée. Tranchée. Découpée. Je me suis désintéressée d’un pays vis à vis duquel je me sens impuissante. Tout n’est que douleur, chagrin et déception. Indifférence polie d’autrui lorsque je l’évoque. Il apparaît tel le mirage fichu au milieu d’un désert d’incertitudes. Mais qu’a donc fait la France pour nous ? C’était une amie. A la trahison impardonnable.

 

Tahani Khalil Ghemati

15 novembre 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

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08 juillet 2015

Apopse Thelo Na Pio

- Ce soir, je veux boire. - 

Ce soir je veux boire

et après me souvenir de rien

être piégée dans la fumée

ne pas avoir peur des conséquences.

Ce soir je veux boire

Je veux échapper aux limites.

Confesser dans la fumée

de mes rêves perdus.

J'allumerai avec des cigares

J'éteindrai avec des boissons

Maintenant j'ai eu l'envie

et tout se tourne en poussière

Ce soir je veux boire

Supprimer tous et tout

Disparaître dans la fumée

et ne pas regarder en arrière de nouveau.

Haris Alexiou – chanteuse populaire grecque

Cet été, on danse le sirtaki sans assiettes brisées devant les distributeurs de banque. La Grèce a réussi cet exploit en quelques jours : voler la vedette à Daesh, la Tunisie,  la Libye, le Yémen, l’Irak, les migrants naufragés ainsi qu’à tous ceux qui disparaissent dans l’indifférence de cet été caniculaire. En règle générale, il ne se passe rien ou presque durant la trêve estivale. Tout s’ensable dans le formol salin pour ne reprendre qu’en septembre. Sauf dans les pays du sud de la méditerranée. On aime bien se faire remarquer juste pour troubler les esprits épuisés de l’hiver ayant pour seule envie légitime : profiter de vacances bien méritées. Les médias du monde entier, les cinéastes, les romanciers, les philosophes, les politiciens tous partis confondus sont en asphyxie verbale depuis que le premier ministre grec Alexis Stipras a annoncé le 27 juin - à la manière d’un œuf de pâques – un référendum pour le 5 juillet où les grecs devront se prononcer sur un oxi – non- ou un naï – oui –  Ce sera un oxi déterminé en un cri de désespoir imprégné de fierté et de lassitude. La liberté ou la mort. L’ancien député européen, Daniel Cohn-Bendit dira dans les colonnes du Monde au lendemain de ce non majoritaire qu’il est en faveur d’un fédéralisme européen : « (…) loin de cette alternative tragique qui fait qu’un peuple n’a le choix qu’entre mourir debout et mourir à genoux. «  Naï, les peuples du Sud ont choisi la dignité à la verticale. Il n’y aura donc pas de fédéralisme fantasmé. Tout ceci me renvoie forcément à des interrogations perplexes face à cette débandade d’images et de mots horrifiés dans tous les sens. Que penser de cette photographie arrogante d’une Christine Lagarde trônant en longues bottes noires jambes croisées avec la légende suivante : - Inflexible face à Athènes.  Pire encore la leçon hurlante au Parlement européen sous les applaudissements aujourd’hui de Guy Verhofstadt, président de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe à l’encontre d’Alexis Tsipras.  «  Cessez de parler de réformes, d’affirmer vos intentions. Ce qu’il faut, ce sont des réformes concrètes, un calendrier précis, un plan ! » Le ton de Guy Verhofstadt est particulièrement agressif et excédé face à la nonchalance de son interlocuteur souriant prenant sagement des notes tel l’écolier réprimandé par son professeur. Est-ce qu’il se serait adressé de la même manière à un autre membre de la communauté européenne ? Ce n’est qu’un coup d’éclat face à une ambulance. Le choc des cultures. Le Nord et le Sud. Le pragmatisme nordique face au fatalisme sudiste. Décidément le Nord ne possède toujours pas les clés de lecture du Sud c’est un peu comme lorsque l’Occident tout puissant souhaiterait appliquer le concept de démocratie à un Orient insoumis qui n’en fait qu’à sa tête aux antipodes des références occidentales. Fakelaki. Bakchich. Corruption. Clientélisme. Armateurs en goguette à Londres. Non, ce n’est pas Tsipras le vilain garnement mais tous ceux qui gravitent en amont et n’ont aucun intérêt que la situation grecque et méditerranéenne ne dessine un plan masse précis avec coupes et façades n’en déplaise à Monsieur Verhofstadt. Bienvenue dans le Sud. Apopse Thelo Na Pio. Yamass, Monsieur Verhofstadt !

 

 

Tahani Khalil Ghemati

Genève le 8 juillet 2015

 

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21 juin 2015

SOS pays de méditerranée en apnée

C’est en lisant l’éditorial du journaliste Matthieu Croissandeau publié dans l’Obs du 18 juin et titré : - Il faut aider la Tunisie, que l’adrénaline a recommencé à tapoter mes tempes assoupies. « C’est un appel à l’aide, une demande simple et directe, comme on est en droit de l’adresser à un ami. « Je suis embarrassée et légèrement importunée face une telle requête amicale candide aux frontières débordées de naïveté affligeante. Elles me renvoient à un certain petit prince au dessin répétitif. « Là-bas, on attend tout simplement des gestes concrets, l’arrivée d’investisseurs comme la visite de nombreux touristes (…) Il y va de la survie d’un pays ami. «  Il y a là comme un parfum volatil d’indécence. La survie mercantile. Est-ce tout ce qui préoccupe les occidentaux ? Quel dommage de ne plus pouvoir aller passer des vacances bon marché sur les rivages de Djerba la Gentille à quelques encablures de la Libye la Furieuse.

Cela fait quatre ans que mon pays natal la Libye a fait naufrage et aucun journaliste français n’a jamais rédigé un sincère : - Il faut aider la Libye. Et pourtant, en février 2011 nous étions tous sortis heureux d’espoirs d’une grotte moisie à la colline lumineuse grâce à un célèbre philosophe français et d’un ex président de la République qui s’étaient donné comme mission amicale de nous sauver d’un massacre sans précédent. Qu’en est-t-il aujourd’hui ? L’amitié, c’est une chienne infidèle. Chaos, guerre, indifférence, incompréhension, perte de contrôle et déferlement de migrants désespérés aux portes de l’Europe lorsqu’ils y parviennent.

Qui faudrait-t-il aider réellement ? La Syrie ? Le Liban ? Le Yémen ? L’Irak ? Toute l’Afrique ? What else ? La liste se déroule tel un parchemin ou une bobine sans le mot fin. Y-a-t-il des pays qui méritent plus le label de favoris que d’autres comme si la dignité et la liberté se déclinaient sur des rizières à étages. Je suis extrêmement déçue de lire des éditoriaux aussi troubles et qui brouillent les pistes aux lecteurs profanes de passage. C’est une copie inachevée à compléter où je reste sur ma faim à creuser les strates invisibles de cette méditerranée qui drague les rives d’un Occident barricadé et égoïste.  

 

Tahani Khalil Ghemati

 

Genève le 21 juin 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 mai 2015

In memoriam Bahaa

Dédié à Kyane et Christie

Deux ans. C’est peu et trop tant l’absence et le chagrin sont toujours aussi vifs en nos cœurs.  Je suis revenue en visite dans ce Beyrouth que j’ai quitté fâchée et déçue. De retour dans une Beyrouth qui n’est plus tout à fait la même. Tu ne réponds plus au téléphone mais ton profil Linkedin affiche de temps en temps un cynique :

- Connaissez-vous Bahaa Balboul ?

A chaque voyage depuis plus de quinze ans au pays du Cèdre, je suis happée par cette émotion d’une incohérence insolente qui m’étouffe la gorge à la sortie de l’aéroport. Le Liban, ce n’est pas ma terre natale. Je n’ai pas de famille de sang mais des liens d’un cœur qui bat en une chamade incontrôlable à chaque atterrissage. Ma première fois, c’était sur le port de Byblos. Le comité d’accueil chaleureux était à la hauteur d’un ministre ou d’une vedette en visite exclusive. J’ai été parachutée dans un restaurant au brouhaha de rires et conversations se côtoyant en une cacophonie heureuse. Le Saint-Tropez à la libanaise. En ce temps là, nous étions encore ce groupe d’amis se retrouvant autour d’immenses tables débordantes de mezzés, de grillades de toute sortes et d’arak brun incontournable liquide à désaltérer nos gosiers en hurlant joyeusement : - Kassek !L’insouciance. La vie. La musique. La danse. La vie surtout avec tes amis, tes amours et tes emmerdes. Charles Aznavour sera à Batroun cet été. La soprano Hiba Tawaji côtoiera Mireille Mathieu à Byblos. Etrange cohabitation. Un paradoxe franco-libanais wa Khalas. Et un hommage à Baalbeck sur les marches du temple de Bacchus en compagnie des écrivains Adonis, Etel Adnan, Wajdi Mouawad, Salah Stétié ou la poétesse Nadia Tuéni. Que de belles choses. Chienne de vie. Souvent trop courte. Un vent traitre. Il n’y a toujours pas de gouvernement au Liban, c’est toujours la guerre en Syrie et en Libye. Amal est toujours avec Georges. Le troubatour Angelo Branduardi a eu ses soixante cinq ans.  La France est encore sous Hollande et l’Amérique sous Obama. Les riches se plaignent de la crise économique. Et les pauvres s’en fichent puisqu’ils ne seront jamais comme eux de toute façon. Bahaa, tu t’es éclipsé sur la pointe des pieds avec cette belle dignité en cette soirée de printemps autour d’un frangipanier capricieux face à ce Metn que j’ai tant aimé. Beyrouth ne sera plus jamais la même sans toi. Tu es partout. Dans ce café pris au-dessus du rocher des pigeons, sur la corniche ou cette plage à la sortie de Byblos. Tu es encore dans ces ruelles de Zouk Mikael, la zone piétonne de Milan, le jardin anglais de Genève ou le cimetière Saint-Georges avec tes commentaires au fou rire naïf sur les tombes d’inconnus. Tu es dans ces chansons françaises et italiennes. Toi, qui n’écoutait l’arabe de Fairuz qu’en voyage. Tu es sur ces îles grecques que tu as visité enfant. Tu es dans tous ces restaurants où nous n’avions pas le temps de t’attendre choisir ton plat préféré. Tu es dans cette nonchalance contemplative d’un poète errant qui observait le monde d’un regard d’enfant qui avait oublié de grandir. Tu nous manques furieusement l’ami. On t’aime.

Mes amis étaient plein d’insouciance

Mes amours avaient le corps brûlant

Mes emmerdes aujourd’hui quand j’y pense

Avaient peu d’importance

Et c’était le bon temps.

 

 

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01 avril 2015

Tripoli

photo 2

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Mare Nostrum

photo

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26 février 2015

J’écris


J’écris des mots cachés. Egarés depuis quarante-deux ans. Des secrets de vies. Arcanes enfouies au fond d’un désert kidnappé. J’ai occulté des milliers de lignes noires dans des tiroirs et classeurs bien rangés. Je suis une exilée libyenne arrachée de mon pays depuis plus de trois décennies. Architecte de métier, je me suis noyée sur des chantiers au son des marteaux piqueurs. Arpenté des échafaudages de maisons étrangères. Ecouté les caprices de clients fortunés. Casquée. J’ai bu des cafés avec des ouvriers ignorants tout de mon identité réelle. Une Mata Hari arabe errante en terre hélvète. Honte et peur ont été mes compagnons fidèles. Tripes sans cesse ficelées. Muette mais pas docile. Insoumise et rebelle. Je n’aime pas les injustices. Ni la détresse des va-nu-pieds dans les rues en âge d’être à l’école. J’aime le ciel bleu turquoise. Et aussi le soleil qui réchauffe le cœur des hommes. Je n’aime pas les hypocrites. Ni l’arrogance fleurissante chaque jour un peu plus. J’aime les soirées frivoles où je me déguise en Molière. Ou en Don Quichotte. Je n’aime pas l’odeur des pneus brûlés. Ni la bêtise transformée en violence absurde. J’aime écrire les mots étouffés. Nuits pâles et incertaines. Je n’aime pas le tournant des révolutions programmées. Ni le désastre annoncé. J’aime enfin me dire que je vais écrire libre et indisciplinée pour les trente prochaines années.

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31 janvier 2015

Le lion du désert

http://www.dailymotion.com/video/x9eyyh_le-lion-du-desert-partie-8_shortfilms?start=307

Le Lion du désert (Lion of the Desert) est un film américano-libyen réalisé par Moustapha Akkad en 1980 En 1929, le chef du gouvernement italien Benito Mussolini(Fondateur du Fascisme) charge le général Rodolfo Graziani de résoudre le problème, en Libye, de la résistance armée des Bédouins, opposés à la colonisation de leur pays par l’Italie, et dont le chef spirituel est Omar Al Mokhtar. L’objectif de Graziani est la répression et surtout, la capture de Mokhtar, mais celui-ci mène une guérilla acharnée…

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L'exil

" En exil, on n'est jamais satisfait, placide, en sécurité. L'exil, pour reprendre les mots de Wallace Stevens, est "une humeur hivernale" dans laquelle le pathos de l'été et de l'automne ainsi que la promesse du printemps sont proches mais inaccessibles. C'est peut-être une manière de dire que la vie d'un exilé évolue selon un calendrier différent, elle est moins saisonnière et installée qu'une vie chez soi. L'exil, c'est lorsque la vie perd ses repères. L'exil est nomade, décentré, contrapuntique et, dès que l'on s'y habitue, sa force déstabilisante surgit à nouveau. " E. W. Said - Réflexions sur l'exil. 

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