N'oublie pas d'arroser l'olivier

09 décembre 2016

Sur les routes de l’exode

Sur les routes de l’exode
 
Batool 49 ans et Lazim 51 ans, un couple d’irakiens vivant à Qaraqosh, - une ville au Nord de l’Irak d’environ 50 000 âmes - avaient une existence sereine et heureuse en compagnie de leurs quatre enfants, Andraws 18 ans, Yousif 16 ans, Aram 12 ans et Marina 10 ans. Qaraqosh, une ville largement médiatisée par l’invasion des djihadistes de l’Etat islamique le 6 août 2014 et reprise à nouveau par l’armée irakienne en octobre 2016 lors de la bataille de Mossoul. Qui aurait pu imaginer qu’en une belle journée chaude et humide d’un mois d’août 2014, Batool et Lazim seraient contraints d’abandonner leur maison et leur terre natale pour atterrir deux ans plus tard dans la petite ville française de Divonne les Bains seulement parce qu’ils appartenaient respectivement à l’église catholique syriaque et orthodoxe ? Les combattants de Daech aux épées bien aiguisées avaient donné un ultimatum à Mgr Petros Mouché, l’archevêque de Mossoul avec quatre options à choix : payer une amende pour avoir la vie sauve, se convertir à l’islam, prendre la fuite ou mourir la tête décapitée. « Au départ, nous étions défendus par les peshmergas des combattants des forces armées du Kurdistan Irakien mais lors de l’offensive de 2014, ils ont été rapidement débordés par l’afflux massif des populations fuyant la guerre en direction d’Erbil. » explique Lazim sur un ton grave.
« Les premiers bombes commençaient à tomber. » confirme Batool au visage rond et regard décidé. Batool - en arabe signifie « consacrée à Dieu » un surnom donné à la Vierge Marie. A Qaraqosh, elle était infirmière et sage-femme. Deux métiers allant de pair. Une déesse Maïa s’exprimant en araméen – la langue du Christ - dans une région où les chrétiens chaldéens formaient une des communautés les plus ancestrales de l’histoire. « J’ai pratiqué pendant trente trois ans dans un hôpital. Nous avons toujours été là depuis notre arrière arrière grand-père. » Dit- elle tout en préparant son thé noir et d’insister pour que l’on honore ses gargantuesques tranches de gâteau. Une abondance nourricière et chaleur humaine génétiquement naturelle que possèdent les peuples de ce Proche-Orient désormais décomposé et explosé.
Lazim – en arabe signifie « obligatoire » - était maçon. « Je travaillais sur toutes sortes de chantiers de construction. Le travail ne manquait pas. » Déclare Lazim en confirmant ses propos en s’aidant de ses larges pognes toujours prêtes à l’emploi. « Mais voilà, Daesh est arrivé une première fois en juin 2014 et nous sommes tous partis nous cacher dans un couvent pendant quelques jours ensuite nous sommes retournés à notre maison pour à peine deux mois. » La famille devra se séparer pour faire le trajet jusqu’à Erbil où le frère de Lazim s’était réfugié. Lazim partira seul avec sa voiture et Batool  avec les enfants dans un bus affrété par le couvent. « Nous avons quitté Qaraqosh le 6 août à 23 heures, approuve Batool, nous étions tout un convoi de voitures mais l’armée nous a arrêtés et obligés à poursuivre notre route à pied jusqu’à Erbil. C’était un chaos indescriptible, nous étions 40 000 peut-être 50 000 je ne sais plus très bien. Ils triaient les garçons en âge d’aller combattre, j’ai eu très peur pour mes garçons. Nous avons marché toute la nuit jusqu’au lever du jour et là j’ai pu contacter Lazim grâce à nos portables. Nous nous étions réfugiés dans un bâtiment à la construction inachevée avant de repartir pour le village chrétien d’Armouta à une heure d’Erbil. L’église a ouvert sa salle paroissiale pour accueillir tous les réfugiés, nous étions une quarantaine de familles entassées les unes sur les autres. » Lazim se lève alors pour mimer la place qui leur avait été allouée à tous les six.
« Nous avions des matelas par terre et des canapés qui faisaient office de séparation murale. Un petit 3 m2 avec un seul wc et douche pour tout le monde. Nous avons vécu là durant cinq mois puis nous avons décidé de partir à Beyrouth au Liban. J’ai vendu la voiture pour payer les billets d’avion. J’avais mon frère qui habitait là bas dans un appartement au 5ième étage sans ascenseur que nous payions 600 dollars sans compter le reste des dépenses c’est-à-dire l’électricité, l’eau etc. Mais après deux mois nous repartions à nouveau, Batool ne recevait plus son salaire de l’hôpital à Qaraqosh et nous avions tout dépensé. »
Retour à Erbil à la salle paroissiale où toute la petite famille a pu bénéficier de l’aide des organisations humanitaires pour la nourriture. L’église Chaldéenne d’Erbil viendra à leur secours en payant une maison qui abritera deux autres familles. Batool, Lazim et leurs enfants y  passeront quatre mois tous confinés dans la même chambre. Ils verront une issue à leur errance grâce au frère de Batool réfugié à Grenoble qui signalera leur situation à l’AEMO – Association d’entraide aux minorités d’Orient – mais aussi à travers la visite du maire de Divonne-les-Bains Etienne Blanc de retour d’une mission parlementaire à Erbil que la famille a été identifiée.
Le relais administratif et logistique sera repris par l’association paroissiale Saint-Etienne de Divonne présidée par Philippe Desjeux et l’équipe de la mairie de Divonne. Après moult péripéties administratives, la famille arrivera finalement le 17 septembre 2016 à Lyon ensuite Divonne-les-Bains. Soulagés et émus par l’énorme vague de solidarité des habitants, ils ne se lassent pas de faire part de leur reconnaissance. Grâce aux divers dons, la famille a pu bénéficier de tout le nécessaire afin de s’installer confortablement dans le logement social mis à disposition par la mairie de Divonne. Tous les enfants sont maintenant scolarisés et s’adaptent peu à peu à leur nouvelle vie aux perspectives d’avenir prometteuses.
Andraws, l’ainé de la fratrie a commencé un apprentissage en hôtellerie à Bellegarde avec déjà un stage à la clé chez un restaurateur Divonnais, Yousif et Aram sont au collège de Ferney-Voltaire et suivent la filière FLE – le français langue étrangère – et Marina la petite dernière s’intègre rapidement à l’école primaire du Centre. Quant à Batool et Lazim à raison d’une heure par jour de français enseigné par des bénévoles, ils parleront bientôt la langue de Molière qui viendra enrichir l’araméen, le syriaque et l’arabe qu’ils maitrisent parfaitement.
Lazim pourra peut-être bientôt travailler aux services techniques de la mairie dès qu’il recevra sa carte de séjour française et Batool en excellente cuisinière -  d’après Philippe Desjeux qui a eu la chance de savourer quelques spécialités – fera connaitre peut-être un jour ses talents culinaires auprès d’évènements ou autre sur commande spéciale. Tout est bien qui finit bien à l’instar de la fameuse expression Shakespearienne néanmoins la conclusion à méditer car toujours d’actualité reviendra à l’écrivain et philosophe visionnaire palestino-américain Edward W Said condamné à un exil perpétuel :
" Le plus grand fait de ces trois dernières décennies est, à mes yeux, la vaste migration humaine qui a accompagné la guerre. La colonisation et la décolonisation, la révolution économique et politique, et des phénomènes aussi dévastateurs que la famine. La purification ethnique, et les grandes intrigues de pouvoir. "
 

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11 novembre 2016

Leonard est mort

« Things are going to slide in all directions / There won't be nothing, nothing you can measure anymore... » Leonard Cohen

 

Peut-on faire fi du tsunami planétaire de la nuit du 8 au 9 novembre ? Une insomnie aussi brusque et romantique qu’une alarme de radio réveil désagréable me surprit à quatre heures du matin. Je me retrouve à faire défiler les actualités de ma page Facebook. Et la stupeur s’est esquissée petit à petit à la lecture des statuts : « USA : et soudain j’ai peur. » « Consternée, je vais me coucher, svp réveillez-moi dans quatre ans. » A peine remise de mon choc, voilà qu’à nouveau cette fois-ci à cinq heures du matin, mon amie d’enfance exilée en Californie m’écrit : Leonard Cohen est mort ! J’ai d’abord pensé à un mauvais gag nocturne californien. Leonard venait de sortir un album en octobre « You want it Darker. » il semblait en forme malgré la noirceur prémonitoire de ses textes. Chanteur à la voix caverneuse et aux mélodies un brin mystiques, il agaçait les maris qui, tout en le jalousant secrètement hochaient la tête en disant : - Ah, non pas encore lui pour plomber l’ambiance, la corde ou le gaz ? Leonard est mort et j’ai décrété trois jours de deuil. J’écoute en boucle Hallelujah, Suzanne, So long, Marianne et the Future, une chanson visionnaire  annonciatrice de l’ère sombre et guerrière dans laquelle nous nous enlisons inexorablement. En invitant à nouveau Leonard dans mon salon c’est comme si il n’était pas parti, il est toujours là, il flotte paisible et heureux. La main de Marianne sa muse et amante disparue en juillet est revenue le chercher. C’est beau, poétique, émouvant à souhait. On se surprend à chantonner, à rêver, à espérer. Se réveiller avec un monde en paix. Appuyer sur le bouton rembobiner. Aimer les belles et tristes histoires d’amour. N’avoir que sa fleur aux dents. Les photographies en noir et blanc de leur amour sur l’île Grecque d’Hydra se déclinent à dos d’âne ou d’une Marianne souriante, radieuse devant une machine à écrire qui nous rappelle aux souvenirs d’un temps qui a été, n’est plus et ne sera plus. Love and Peace. Leonard n’est pas mort, il s’en est allé vers d’autres rivages, d’autres îles, il a choisi de prendre congé discrètement en nous faisant don pour l’éternité de ses sublimes textes aux intonations douces et messages prophétiques. Sa disparition, c’est comme un bras d’honneur à ce monde gouverné par tous ces bouffons inutiles qui envahissent et squattent nos écrans vulgaires. Ils nous saoulent avec leurs discours stériles, leurs interdictions à outrance, leur populisme hypocrite, leur arrogance crasse et leur mépris mondial. Partons mes amis rêver avec Leonard : « Marianne, le temps où nous sommes si vieux et où nos corps s’effondrent est venu, et je pense que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi que si tu tends la main, je pense que tu pourras atteindre la mienne. Tu sais que je t’ai toujours aimée pour ta beauté et ta sagesse, je n’ai pas besoin d’en dire plus à ce sujet car tu sais déjà tout cela. Maintenant, je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons”. 

 

Tahani Khalil Ghemati

 

11 novembre 2016

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11 mars 2016

Le citronnier de mon père

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15 novembre 2015

Rêver

"Rêver, c'est se désintéresser."

Henri Bergson

Un ami libanais m’a demandé l’autre jour : - Pourquoi n’écris-tu plus ? Ta compagnie me manque ainsi que tes écrits. Je compte sur toi, c’est un beau cadeau que tu me ferais ainsi qu’à tes lecteurs. Touchée par sa bienveillance à mon égard j’avais alors répondu : - Je n’écris plus depuis des mois, c’est le blocage total et puis je n’ai pas de sujets inspirants ou joyeux en ce mois de novembre morose souvent plongé dans un épais brouillard matinal. Je suis épuisée, lasse et résignée. Beyrouth à l’atmosphère pesante et parfumée d’effluves de poubelles. La Libye ignorée, méprisée et délaissée de tous. Les enchainements de mauvaises nouvelles encaissés presque sans ciller : la disparition violente d’un ami, un attentat de plus à Beyrouth et maintenant celui de Paris. Sonnée par cette déflagration, envahie par les images, submergée d’incompréhension, débordée d’interrogations je ne sais plus par où commencer, quoi écrire ou penser. Des morts, des blessés, des survivants, des gens hagards, un François Hollande livide, le déploiement de l’armée et l’utilisation du mot : Guerre. C’est la guerre. Mais la guerre contre qui et quoi ? Qui sont-t-ils ? D’où sortent-t-ils ? Le déchainement médiatique depuis quarante huit heures frise l’indécence et le voyeurisme devenus des rituels à chaque événement tragique. Les débats stériles sur les plateaux, les intellectuels, les politiciens, les stars se gargarisant de discours géopolitiques noyés d’indignation, d’effroi mais surtout de méconnaissances affligeantes. Tout le monde s’auto proclame spécialiste et quelle belle rampe de décollage pour la haine ainsi que l’instinct de protection et par conséquent d’isolement. Des tranchées qui se creusent chaque jour un peu plus. Une distanciation inévitable entremêlée de frayeur et de rancœur. La grande France et Paris sa capitale viennent d’être attaqués dans tout ce qu’elle a de plus précieux : la vie, la musique, les cafés, sa jeunesse. Je regarde défiler des slogans tous aussi anecdotiques les uns que les autres : Go out, drink , listen to music, dance, eat, speak, make love, go naked, be free. Live.

C’est évident que nous continuerons à vivre comme tous ceux qui survivent dans tous les pays arabes meurtris depuis des décennies. Il faudra composer avec cette nouvelle donne. Une réalité triste au sein duquel nos enfants devront grandir. Des kamikazes jaillis d’une réalité qui incarne la mort et l’obscurité viennent de prouver leur toute puissance glaciale et méthodique dépassant toute logique occidentale. Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient c’est à dire que l’on débatte à leur sujet.  Eux, aux cerveaux vacants squattés par un endoctrinement parfaitement contrôlé. Mais tout cela nous le savons déjà. Comme toujours dans des états de choc, la réflexion n’arrive à se frayer un chemin que péniblement. Le déversement émotionnel à outrance qui s’est immiscé dans nos foyers et relayé allégrement par les médias sociaux laisse une place infime au recueillement. Nous avons tous sortis nos drapeaux bleu blanc rouge pour nous rassurer ou confirmer une appartenance identitaire aux contours de plus en plus flous.

J’ai suivi le mouvement par solidarité ensuite je me replongée dans mes souvenirs de printemps arabes mués en hivers froids et sombres sans cheminée ni électricité. La Libye, mon pays natal et ses habitants au destin d’otages exilés à vie. Je n’écris plus parce que j’ai été arrachée au forceps. Ligaturée. Tranchée. Découpée. Je me suis désintéressée d’un pays vis à vis duquel je me sens impuissante. Tout n’est que douleur, chagrin et déception. Indifférence polie d’autrui lorsque je l’évoque. Il apparaît tel le mirage fichu au milieu d’un désert d’incertitudes. Mais qu’a donc fait la France pour nous ? C’était une amie. A la trahison impardonnable.

 

Tahani Khalil Ghemati

15 novembre 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

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08 juillet 2015

Apopse Thelo Na Pio

- Ce soir, je veux boire. - 

Ce soir je veux boire

et après me souvenir de rien

être piégée dans la fumée

ne pas avoir peur des conséquences.

Ce soir je veux boire

Je veux échapper aux limites.

Confesser dans la fumée

de mes rêves perdus.

J'allumerai avec des cigares

J'éteindrai avec des boissons

Maintenant j'ai eu l'envie

et tout se tourne en poussière

Ce soir je veux boire

Supprimer tous et tout

Disparaître dans la fumée

et ne pas regarder en arrière de nouveau.

Haris Alexiou – chanteuse populaire grecque

Cet été, on danse le sirtaki sans assiettes brisées devant les distributeurs de banque. La Grèce a réussi cet exploit en quelques jours : voler la vedette à Daesh, la Tunisie,  la Libye, le Yémen, l’Irak, les migrants naufragés ainsi qu’à tous ceux qui disparaissent dans l’indifférence de cet été caniculaire. En règle générale, il ne se passe rien ou presque durant la trêve estivale. Tout s’ensable dans le formol salin pour ne reprendre qu’en septembre. Sauf dans les pays du sud de la méditerranée. On aime bien se faire remarquer juste pour troubler les esprits épuisés de l’hiver ayant pour seule envie légitime : profiter de vacances bien méritées. Les médias du monde entier, les cinéastes, les romanciers, les philosophes, les politiciens tous partis confondus sont en asphyxie verbale depuis que le premier ministre grec Alexis Stipras a annoncé le 27 juin - à la manière d’un œuf de pâques – un référendum pour le 5 juillet où les grecs devront se prononcer sur un oxi – non- ou un naï – oui –  Ce sera un oxi déterminé en un cri de désespoir imprégné de fierté et de lassitude. La liberté ou la mort. L’ancien député européen, Daniel Cohn-Bendit dira dans les colonnes du Monde au lendemain de ce non majoritaire qu’il est en faveur d’un fédéralisme européen : « (…) loin de cette alternative tragique qui fait qu’un peuple n’a le choix qu’entre mourir debout et mourir à genoux. «  Naï, les peuples du Sud ont choisi la dignité à la verticale. Il n’y aura donc pas de fédéralisme fantasmé. Tout ceci me renvoie forcément à des interrogations perplexes face à cette débandade d’images et de mots horrifiés dans tous les sens. Que penser de cette photographie arrogante d’une Christine Lagarde trônant en longues bottes noires jambes croisées avec la légende suivante : - Inflexible face à Athènes.  Pire encore la leçon hurlante au Parlement européen sous les applaudissements aujourd’hui de Guy Verhofstadt, président de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe à l’encontre d’Alexis Tsipras.  «  Cessez de parler de réformes, d’affirmer vos intentions. Ce qu’il faut, ce sont des réformes concrètes, un calendrier précis, un plan ! » Le ton de Guy Verhofstadt est particulièrement agressif et excédé face à la nonchalance de son interlocuteur souriant prenant sagement des notes tel l’écolier réprimandé par son professeur. Est-ce qu’il se serait adressé de la même manière à un autre membre de la communauté européenne ? Ce n’est qu’un coup d’éclat face à une ambulance. Le choc des cultures. Le Nord et le Sud. Le pragmatisme nordique face au fatalisme sudiste. Décidément le Nord ne possède toujours pas les clés de lecture du Sud c’est un peu comme lorsque l’Occident tout puissant souhaiterait appliquer le concept de démocratie à un Orient insoumis qui n’en fait qu’à sa tête aux antipodes des références occidentales. Fakelaki. Bakchich. Corruption. Clientélisme. Armateurs en goguette à Londres. Non, ce n’est pas Tsipras le vilain garnement mais tous ceux qui gravitent en amont et n’ont aucun intérêt que la situation grecque et méditerranéenne ne dessine un plan masse précis avec coupes et façades n’en déplaise à Monsieur Verhofstadt. Bienvenue dans le Sud. Apopse Thelo Na Pio. Yamass, Monsieur Verhofstadt !

 

 

Tahani Khalil Ghemati

Genève le 8 juillet 2015

 

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21 juin 2015

SOS pays de méditerranée en apnée

C’est en lisant l’éditorial du journaliste Matthieu Croissandeau publié dans l’Obs du 18 juin et titré : - Il faut aider la Tunisie, que l’adrénaline a recommencé à tapoter mes tempes assoupies. « C’est un appel à l’aide, une demande simple et directe, comme on est en droit de l’adresser à un ami. « Je suis embarrassée et légèrement importunée face une telle requête amicale candide aux frontières débordées de naïveté affligeante. Elles me renvoient à un certain petit prince au dessin répétitif. « Là-bas, on attend tout simplement des gestes concrets, l’arrivée d’investisseurs comme la visite de nombreux touristes (…) Il y va de la survie d’un pays ami. «  Il y a là comme un parfum volatil d’indécence. La survie mercantile. Est-ce tout ce qui préoccupe les occidentaux ? Quel dommage de ne plus pouvoir aller passer des vacances bon marché sur les rivages de Djerba la Gentille à quelques encablures de la Libye la Furieuse.

Cela fait quatre ans que mon pays natal la Libye a fait naufrage et aucun journaliste français n’a jamais rédigé un sincère : - Il faut aider la Libye. Et pourtant, en février 2011 nous étions tous sortis heureux d’espoirs d’une grotte moisie à la colline lumineuse grâce à un célèbre philosophe français et d’un ex président de la République qui s’étaient donné comme mission amicale de nous sauver d’un massacre sans précédent. Qu’en est-t-il aujourd’hui ? L’amitié, c’est une chienne infidèle. Chaos, guerre, indifférence, incompréhension, perte de contrôle et déferlement de migrants désespérés aux portes de l’Europe lorsqu’ils y parviennent.

Qui faudrait-t-il aider réellement ? La Syrie ? Le Liban ? Le Yémen ? L’Irak ? Toute l’Afrique ? What else ? La liste se déroule tel un parchemin ou une bobine sans le mot fin. Y-a-t-il des pays qui méritent plus le label de favoris que d’autres comme si la dignité et la liberté se déclinaient sur des rizières à étages. Je suis extrêmement déçue de lire des éditoriaux aussi troubles et qui brouillent les pistes aux lecteurs profanes de passage. C’est une copie inachevée à compléter où je reste sur ma faim à creuser les strates invisibles de cette méditerranée qui drague les rives d’un Occident barricadé et égoïste.  

 

Tahani Khalil Ghemati

 

Genève le 21 juin 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 mai 2015

In memoriam Bahaa

Dédié à Kyane et Christie

Deux ans. C’est peu et trop tant l’absence et le chagrin sont toujours aussi vifs en nos cœurs.  Je suis revenue en visite dans ce Beyrouth que j’ai quitté fâchée et déçue. De retour dans une Beyrouth qui n’est plus tout à fait la même. Tu ne réponds plus au téléphone mais ton profil Linkedin affiche de temps en temps un cynique :

- Connaissez-vous Bahaa Balboul ?

A chaque voyage depuis plus de quinze ans au pays du Cèdre, je suis happée par cette émotion d’une incohérence insolente qui m’étouffe la gorge à la sortie de l’aéroport. Le Liban, ce n’est pas ma terre natale. Je n’ai pas de famille de sang mais des liens d’un cœur qui bat en une chamade incontrôlable à chaque atterrissage. Ma première fois, c’était sur le port de Byblos. Le comité d’accueil chaleureux était à la hauteur d’un ministre ou d’une vedette en visite exclusive. J’ai été parachutée dans un restaurant au brouhaha de rires et conversations se côtoyant en une cacophonie heureuse. Le Saint-Tropez à la libanaise. En ce temps là, nous étions encore ce groupe d’amis se retrouvant autour d’immenses tables débordantes de mezzés, de grillades de toute sortes et d’arak brun incontournable liquide à désaltérer nos gosiers en hurlant joyeusement : - Kassek !L’insouciance. La vie. La musique. La danse. La vie surtout avec tes amis, tes amours et tes emmerdes. Charles Aznavour sera à Batroun cet été. La soprano Hiba Tawaji côtoiera Mireille Mathieu à Byblos. Etrange cohabitation. Un paradoxe franco-libanais wa Khalas. Et un hommage à Baalbeck sur les marches du temple de Bacchus en compagnie des écrivains Adonis, Etel Adnan, Wajdi Mouawad, Salah Stétié ou la poétesse Nadia Tuéni. Que de belles choses. Chienne de vie. Souvent trop courte. Un vent traitre. Il n’y a toujours pas de gouvernement au Liban, c’est toujours la guerre en Syrie et en Libye. Amal est toujours avec Georges. Le troubatour Angelo Branduardi a eu ses soixante cinq ans.  La France est encore sous Hollande et l’Amérique sous Obama. Les riches se plaignent de la crise économique. Et les pauvres s’en fichent puisqu’ils ne seront jamais comme eux de toute façon. Bahaa, tu t’es éclipsé sur la pointe des pieds avec cette belle dignité en cette soirée de printemps autour d’un frangipanier capricieux face à ce Metn que j’ai tant aimé. Beyrouth ne sera plus jamais la même sans toi. Tu es partout. Dans ce café pris au-dessus du rocher des pigeons, sur la corniche ou cette plage à la sortie de Byblos. Tu es encore dans ces ruelles de Zouk Mikael, la zone piétonne de Milan, le jardin anglais de Genève ou le cimetière Saint-Georges avec tes commentaires au fou rire naïf sur les tombes d’inconnus. Tu es dans ces chansons françaises et italiennes. Toi, qui n’écoutait l’arabe de Fairuz qu’en voyage. Tu es sur ces îles grecques que tu as visité enfant. Tu es dans tous ces restaurants où nous n’avions pas le temps de t’attendre choisir ton plat préféré. Tu es dans cette nonchalance contemplative d’un poète errant qui observait le monde d’un regard d’enfant qui avait oublié de grandir. Tu nous manques furieusement l’ami. On t’aime.

Mes amis étaient plein d’insouciance

Mes amours avaient le corps brûlant

Mes emmerdes aujourd’hui quand j’y pense

Avaient peu d’importance

Et c’était le bon temps.

 

 

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01 avril 2015

Tripoli

photo 2

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Mare Nostrum

photo

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26 février 2015

J’écris


J’écris des mots cachés. Egarés depuis quarante-deux ans. Des secrets de vies. Arcanes enfouies au fond d’un désert kidnappé. J’ai occulté des milliers de lignes noires dans des tiroirs et classeurs bien rangés. Je suis une exilée libyenne arrachée de mon pays depuis plus de trois décennies. Architecte de métier, je me suis noyée sur des chantiers au son des marteaux piqueurs. Arpenté des échafaudages de maisons étrangères. Ecouté les caprices de clients fortunés. Casquée. J’ai bu des cafés avec des ouvriers ignorants tout de mon identité réelle. Une Mata Hari arabe errante en terre hélvète. Honte et peur ont été mes compagnons fidèles. Tripes sans cesse ficelées. Muette mais pas docile. Insoumise et rebelle. Je n’aime pas les injustices. Ni la détresse des va-nu-pieds dans les rues en âge d’être à l’école. J’aime le ciel bleu turquoise. Et aussi le soleil qui réchauffe le cœur des hommes. Je n’aime pas les hypocrites. Ni l’arrogance fleurissante chaque jour un peu plus. J’aime les soirées frivoles où je me déguise en Molière. Ou en Don Quichotte. Je n’aime pas l’odeur des pneus brûlés. Ni la bêtise transformée en violence absurde. J’aime écrire les mots étouffés. Nuits pâles et incertaines. Je n’aime pas le tournant des révolutions programmées. Ni le désastre annoncé. J’aime enfin me dire que je vais écrire libre et indisciplinée pour les trente prochaines années.

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