Elle ne me l’a pas dit tout de suite. Pudeur. Timidité. Fierté. J’ai demandé : Ils vont bien vos petits en Ethiopie ? Elle a baissé la tête et s’est tournée face à l’évier. J’étais pressée. Un peu coupable. Je suis restée. Elle a parlé. G. c’est la jeune femme éthiopienne.

Elle est épuisée. Elle me raconte son maigre salaire versé avec deux à trois mois de retard. Incompréhension. Négligence, mensonge ou indifférence ? Ses enfants attendront. C’est elle qui fait vivre toute sa famille. Elle compte les jours. Les mois. Contrat à échéance imminente. Elle est triste et se remet à pleurer en me prenant dans ses bras. Je me sens gauche et minable. Elle a le droit à un dimanche par mois pour aller à l’église. Elle est pieuse. J’espère qu’elle croit à la réincarnation. A une vie peut-être meilleure. Elle a Jésus en photo sur son téléphone portable. Foi. Abnégation. Je la console. Elle se calme. Je lui dis qu’elle aura bientôt une compatriote comme voisine. Elles pourront rire ensemble. Se raconter des histoires. Rêver. On ne choisit pas le coin de terre où l’on pousse son premier cri…Nos chemins sont vallonnés, cabossés, torturés.

L’autre jour au supermarché j’ai même vu une matrone au menton élevé parler avec l’emballage du Nescafé. Derrière elle, la philippine poussait le caddie et attrapait la caféine. Surréaliste de prétention. Inaptitude. Handicapée de la main peut-être…Scènes affligeantes de banalité. G. me sourit. Larmes séchées. Elle attrape sa croix en me disant que Dieu l’aidera. Admirative j’essaye de croire qu’il sera là pour elle. Jésus, éternel jeune homme lui sourit…