« Libye : le tragique destin des autruches de Khadafi », c’est le titre d’un article du magazine le Point daté du 6 octobre 2011. Une ligne plus bas c’est écrit en minuscule :« Abandonnés au milieu du désert par l’ancien Guide, les oiseaux sont à la merci des populations affamées de Syrte. »

Je suis perplexe. Hésitante entre l’éclat de rire et la crise de nerfs ; j’ai choisi d’écrire.Les paroles de la chanson du Dr Adel Idris Almsheeti poète et médecin de Benghazi reviennent caresser mes papilles auditives. We will stay here till the pain vanish…

Nous resterons, nous libyens, comme les autruches. Assoiffés de liberté. Silencieux comme des moines chartreux en terre d’Islam. La faim tenaille nos ventres et retourne nos tripes. C’est Ramadan. Il est là en pleine guerre. Il sera reçu dignement par tous les libyens. Ils braveront les coupures d’électricité. Ils feront la queue sagement aux stations essence qui crient famine. Les nourrissons hurlent leur douleur de ne plus avoir de lait en poudre. Les enfants dans les hôpitaux se blottissent dans les bras de leurs mamans terrorisés par les raids incessants. L’eau est rationnée comme la nourriture. La chaleur est étouffante en ce mois d’août à Tripoli. Les « shababs » sont au front. Insomnies et angoisses de leurs mères. Attente interminable et pénible. Soupirs de soulagement lorsqu’ils reviennent dormir à la maison. Les lignes téléphoniques crépitent, s’entrecoupent et jouent à cache-cache. Sept mois d’une révolution transformée en guerre tragique. Comme le destin des autruches. Les ambassades ont fermé leurs portes. Les entreprises étrangères sont parties. Les banques n’ont plus d’argent. Quelques supermarchés survivent en affichant des prix à étouffer de soif un chameau dans le désert libyen. La vie s’organise au rythme des rumeurs, des bombardements et des médias. De parias nus pieds nous sommes devenus des pachas, même nos autruches sont à l’honneur dans les pages d’un magazine aussi respectable que Le Point.

« Dans cette crise humanitaire, les pauvres autruches sont devenues malgré elles des mets de premier choix, que la plupart des restaurants parisiens s’arracheraient à prix d’or. « 

Les journalistes seraient-ils en panne d’inspiration ? Peut-être ont-t-ils subi eux aussi un rationnement verbal drastique ? Pourquoi n’écrivent t-ils pas sur les enfants amputés, les veuves, les orphelins, les combattants handicapés à vie, les jeunes femmes de Misrata violées par des mercenaires avides d’argent et rejetées pour la plupart par leurs familles. Ont-t-ils été observer avec les humanitaires ce qui se déroule à la frontière tunisienne ? A notre table, au menu nous avons un steak d’autruche. Indécence humaine. Offense à un peuple qui subit depuis 42 ans l’oppression, la torture, l’humiliation et la mort. A quand les cuisses de grenouille et les escargots de bourgogne affrétés spécialement par avion spécial de Paris ?

Chers journalistes, de grâce même si vous faites votre travail pour informer les lecteurs de cette catastrophe humanitaire qui touche nos amis les volatiles, ayez un peu plus de respect pour le peuple libyen qui essaye de relever la tête. Il y a des milliers de sujets qui méritent d’être traités en Libye.