« Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit. »

Khalil Gibran

C’est un samedi 7 juillet à Tripoli pas comme les autres. Le numéro au code familier s’affiche sur mon portable. A quelques kilomètres de Beyrouth, le cri euphorique et ému de mon amie d’enfance. J’ai voté pour la première fois de ma vie. A cinquante ans. La rue est en fête. C’est le bal des drapeaux rouges, noirs et verts au croissant étoilé. La place des Martyrs est envahie par les danseurs déhanchés. Une folle sarabande dans un ciel redevenu bleu turquoise. Des index souriants levés à l’encre imprimée. Les voiles colorés frôlent les cheveux de jais détachés. Les éclopés de guerre s’appuient sur leurs béquilles. Les klaxons se déchainent en une cacophonie joyeuse. Une victoire encore fragile. Des incertitudes sur des lendemains animés de méfiance. Un homme libéral diagnostiqué vainqueur.Je remballe l’émotion qui me submerge et la tristesse de n’avoir pas pu y aller. Je suis une spectatrice à la plume dégainée depuis le 17 février 2011 date de la Révolution Libyenne. Je redécouvre un pays débordant d’espoirs et de projets à la reconstruction rapide. Assez de temps perdu. L’épée des islamistes effrayante et médiatisée à outrance est en passe d’être recouverte par les sables du désert. C’est décidé la Libye ne sera pas comme les autres. Les Libyens n’ont aucune leçon d’Islam à recevoir de quiconque. Islamiser des musulmans fait hurler de rire dans toutes les maisons Tripolitaines. Les parias du bassin méditerranéen affichent leur différence à la surprise des pays voisins enlisés chaque jour un peu plus. Je suis éclatante de bonheur comme Abir et des milliers d’autres. Les pales rouillées se sont remises à fonctionner. Elles ont chassé la boue qui l’empêchait d’avancer. Nous sommes enfin montés dans la locomotive baignée de lumière. A l’aube d’un nouveau jour. A la chasse d’un passé terrifiant.Je suis par contre perplexe par la sécheresse frileuse des journalistes occidentaux. Je soupçonne un brin de déception dans la chronique d’une mort annoncée hâtivement. La catastrophe islamiste décrétée et rédigée sur des tonnes de pages n’aura donc pas lieu. La peur soignée et embaumée par des informations largement dramatisée ne sera pas au rendez-vous libyen. Il faudra trouver une autre source d’excitation pour cet été 2012. Les libyens se sont inscrits aux abonnés absents et s’apprêtent à accueillir Monsieur Ramadan dignement et sous le silence retrouvé d’une Libye sur une route à quatre voies.

 

Tahani Khalil Ghemati

Architecte Libyenne et Suisse

Beyrouth le 12 juillet 2012