Je n’appartiens à aucune tribu.Je suis éreintée de vérités assenées à coups d’articles profanes. Indignée que nous soyons sans cesse associés à des tribus mystérieuses qui vivent sous une tente et sirotent le thé vert aux cacahouètes flottantes à heures fixes. Je lis des écrits frustrés au sujet du succès de Mahmoud Jibril, la future figure de proue libyenne. L’unique qui se profile avec des discours prononcés calmement sans hurlements névrosés et index brandi à notre encontre. Face à des groupuscules sordides ; il est obligé de justifier sa prière pratiquée tous les vendredis à la mosquée et sa foi confirmée depuis ses quatorze ans. Je ne connais pas toutes ces tribus issues d’une dictature aux quatre décennies. Je suis une femme libyenne. Je n’ai pas de tribu. Je sais d’où je viens. Je suis née à Tripoli dans une Libye des années soixante. De parents libyens. Je n’ai jamais entendu parler de ces tribus durant les quinze premières années de ma vie. Mon grand père était un sheikh respecté et ma famille vivait un islam intégré naturellement dans une vie ordinaire. Cela ne surprenait personne qu’un cousin ou une tante se lèvent soudainement à l’appel de la prière. Ils revenaient tous les deux et la vie continuait. J’ai été élevée dans ce culte à la foi non ostentatoire. A la dignité lumineuse et mystique. C’est un homme au nom que je refuse d’écrire par respect pour tous ceux qu’il a massacré. Il a inventé dans sa mégalomanie psychopathe la notion de tribus. Divide ut regnes. Le Machiavel de nos contrées africaines maintes fois violées. Envahies et colonisées. Il n’a pas échoué par hasard dans ce pays titanesque aux frontières tracées à la règle. Un pétrole et des richesses à faire blêmir de jalousie un Picsou. Il a torpillé nos enfances et saccagé des milliers de familles. Aujourd’hui la Libye est enfin libérée. Je lance un avis de recherche à tous ses messagers disséminés pour qu’ils reviennent écrire sur la Libye de demain. Nous ne voulons plus des clichés en mal de griserie. Assez de pistes désertiques aux lignes brouillées et complexes. Nous vous attendons dans la Libye libre…

 

Tahani Khalil Ghemati

 

Beyrouth le 19 juillet 2012