Et toujours. Inlassablement. Sur les injustices des muselés. Je resterai la naïve exaltée. J’écrirai l’amour du souffle de vie surgi d’une énigme non résolue. L’exil aux chagrins inconsolables. Les vagabonds infligés. L’errance. Sur l’esclavage des employées de maison abusées. Les guerres. La liberté. Les droits élémentaires indiscutables. Les dictateurs psychopathes. Les enfants égarés sans bancs d’école. Des poèmes en hommage à mon pays la Libye longtemps squatté par une bande de crapules frustrées. Sur les femmes frivoles. Et aussi les sérieuses. Les hommes volages. Et aussi les fidèles. Sur le harcèlement étouffant des mâles en souffrance. Le rire entre amies autour d’une table à la nappe immaculée. La liste est prolixe. J’écrirai au delà des menaces proférées par des inconnus sur des réseaux sociaux. Les insultes vulgaires. Sur la stupidité humaine. La cupidité. A l’ostentatoire pathétique. Quarante deux ans de soupirs silencieux dictés sous le joug d’un tyran insupportable. Ignorés et méprisés. Oubliés par un monde occidental. Humiliés à tous les postes frontières pour avoir eu comme malheur la représentation d’un état terroriste. Aujourd’hui, la Libye est libre. Je suis pulvérisée par une hémorragie verbale. Il n’y a pas de remède. Après un Alzheimer volontaire où j’avais honte d’être libyenne. J’écris et je publie sous mon vrai nom. Je suis une tripolitaine. Je n’ai plus peur. La Libye est libre et je veux croire en son avenir radieux et prospère. Nous sommes quelques milliers éparpillés comme des cartes à jouer mal rangées par des petits indisciplinés. Des électrons parsemés. J’écrirai sur ce pays et ses habitants violés maintes fois par des envahisseurs avides de ses richesses. Et aussi sur mes amis d’enfance sacrifiés sur un autel qu’ils n’ont pas choisi. Sur ma famille brisée et échouée sur des continents lointains. Je sais que le passé ne ressuscitera pas. Les morts ne reviendront plus embrasser nos joues aux larmes incontinentes. Les effluves de jasmin continueront à embaumer les murs et les jardins abandonnés par nos pères. J’écrirai sur les amours clandestines. Et aussi les permises. Des secrets de femmes cachées derrière des volets bleus. A l’ombre du ventilateur chasseur de mouches.

 

J’écrirai encore…