En référence au best-seller estival qui détendra toutes les mères épuisées «  La liste de mes envies. » signé Grégoire Delacourt.

J’aimerai faire la liste de mes contrariétés pour cet été 2012 torride en guerres, réfugiés, morts et tutti quanti…

La liste :

Le vieux mendiant sans retraite amputé de la jambe gauche aux bras accrochés à deux béquilles chancelantes qui zig zag entre les pots d’échappements indifférents dans un Beyrouth de bruit et de fureur polluante.

La grosse cylindrée décapotée avec la botoxée aux cheveux teintés et lunettes hublots d’une marque indécente qui le frôle sans un égard et prête à l’achever.

Les deux garçons de dix ans en tongs déchirées qui vendent des pares soleils sous les ponts pour les enfants des nantis en goguette dans leur pays.

L’homme au visage buriné qui fait valser des chapeaux de Zorro empillés devant des visages apathiques et blasés par l’air conditionné d’une carcasse tôlée.

Le klaxon du mâle frustré et névrosé devant mon clignotant prêt à reculer qui refuse de bouger.

Ou celui qui veut doubler sur une pente à 90 % pied au plancher.

L’insouciance face à la misère.

Continuer à vivre parce que c’est la condition humaine.

Tous ceux qui partent en vacances au mois d’août.

Les feux rouges mis en scène.

Et les verts à l’hystérie collective et aux rendez-vous improvisés.

Les voitures sans plaques aux vitres fumées et qui font meuuuuuuhhhh…

c’est la désalpe en plein Beyrouth.

Suivies par une escorte comme dans les séries B sur la colline là haut de Hollywood.

Les valets parkings utiles mais énervants.

Parce qu’ils squattent des territoires publics.

Les coupures d’électricité même pour ceux qui ont un générateur.

C’est parce que je pense toujours à ceux qui n’en ont pas.

L’eau non potable.

Les enfants qui la gaspillent en piscine plastiquée.

Et aussi en piscine bétonnée.

Les chats écrasés à côté des poubelles non vidées.

Les papiers jetés par des portières mal élevées.

Et aussi les gobelets écrasés.

La montagne de plus en plus violée par des esprits malins.

Le marteau piqueur qui commence tôt le matin.

Et finit par un Parkinson incontrôlé.

Le tremblement des murs au lieu des cigales ou du frémissement des feuilles du pin centenaire.

Je continue ?

Oui.

N’avoir aucun parc assez digne pour recevoir des enfants en mal d’oxygène.

Des chemins sans fumée étouffante.

Gronder le petit au magasin du coin qui veut acheter une kalach et une grenade en plastique à la grande fatigue de sa grand-mère.

Lui expliquer que la guerre c’est dans une heure et qu’un play mobile ou un Tintin c’est tellement mieux.

Et sa réponse laconique : j’en ai déjà dix chez moi.

De kalach.

Il y a des petits européens et même des américains qui ne savent pas que c’est la guerre pas loin d’ici.

L’arabe qui parle en anglais ou en français à ses enfants dans son pays natal.

Mauvais en plus.

Le Hi Kifak Ca va pour faire genre on maîtrise trois langues.

Il y a une excellente chanson de Charbel Rouhana à ce sujet.

Imaginer des petits apeurés dormir sur des matelas par terre.

Ou dans les bras de leurs mères épouvantées.

N’avoir aucun espoir.

Ne rien comprendre à ce monde terrifiant.

Se demander pourquoi personne ne leur vient en aide.

Croire quand même.

Parce que lorsque l’on est petit on croit.

Après c’est autre chose.

On est très contrarié.

 

C’était ma liste…

 

Tahani Khalil Ghemati

Architecte libyenne et suisse

 

 

Beyrouth le 30 juillet 2012