" Je me demande si on ne devrait pas, par la pendaison ou la guillotine ou le fusil, exécuter les personnages de l’ONU (entre autres) car ces gens-la quand on leur dit que la moitié du peuple Hutu sera massacrée le lundi, se donnent rendez-vous pour le mardi où ils pourront exprimer leurs regrets et peut-être passeront-ils leur samedi ou le dimanche à donner du pain aux bêtes du zoo. Ce que peut supporter comme cruautés et injustices l’esprit d’un peuple n’est rien auprès de ce que peut supporter avec cruauté et injustice l’esprit de plusieurs peuples." Françoise Sagan

 

Une hystérie collective à faire étrangler d’envie une Mostra de Venise aux lamelles brillantes. Deux évènements qui se déroulent presque en duplex. Des planètes à l’infiniment aussi petites que grandes. Elles ne se croiseront sans doute jamais. Qu’est-ce que des cartables, des cahiers, des gommes, des crayons et des livres ont-t-ils à faire avec un des plus anciens festivals de cinéma au monde ? Rien à priori. Juste des dates communes. Un lion d’or et l’image du bon élève. La récompense du travail accompli. Des vedettes déguisées par des couturiers. Des bambins aux uniformes imposés et d’autres libres de droits. Une rentrée scolaire pour des milliers d’enfants et d’adolescents autour de cette terre à la tournante chaque jour un peu plus nauséeuse. Un manège au vertige interminable. A la spirale aberrante. Sans bons à tirer. Ni ours rose bonbon à gagner.Une grande fête foraine à l’entracte programmée. A la grande roue inversée. Avec des canards jaunâtres qui flottent à la surface d’une eau avariée. Aux masques à l’identité égarée. Je ne peux pas m’empêcher de penser à tous ceux qui auront en guise de salle une tente dressée en urgence au milieu d’un désert de sable enlisé. L’attente soucieuse. De lendemains plus qu’incertains. Aux interrogations sans réponse. Des incompréhensions. Une chienne d’injustice du né quelque part pour apprendre à marcher. Une époque formidable sans matelas. Une vie canaille et déterminée par des décisions de fonctionnaires dans des bureaux à air recyclé. J’assiste impuissante à la tragédie d’un monde arabe piétiné. Sans maîtresses d’écoles où iront ces enfants de cet Orient torpillé ? Au festival des réfugiés sans matricule ? Analphabètes amputés de l’essentiel. Ecrire et lire. Ils porteront désormais des chaussettes noires sur un visage à l’identité bafouée. Je suis sombre comme les bois nordiques un soir de novembre à la pluie insolente. Amputés d’éducation et aspirés dans un puits d’ignorance il faudra des décennies à rattraper. Je ne serai sans doute plus là. Il était une fois des sémites à l’algèbre malade d’un Alzheimer incurable.

 

Tahani Khalil Ghemati

Architecte libyenne

 

Beyrouth le 24 août 2012