"Cette nouvelle interprétation de l'islam, de la part de mouvements radicaux, est incontestablement un effet de mode". Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen.

J’ai décidé de changer le titre puisque chacun fait ce qu’il lui plait. C’est la cour de récréation à la maîtresse d’école au sifflet bouché. Et l’actualiser à la vitesse sans recul d’un réseau social virtuel à la mode de chez nous. Ce sera désormais « ça y est nous sommes arrivés ». A saboter. A détruire. A profaner. Le culte mortel du sang et de la vengeance mafieuse. Exploser et pulvériser des mausolées soufis au nom d’un Allah Akbar que eux seuls connaissent. Ce n’est pas le mien ni celui de milliers de libyens et de musulmans. Combien de lignes, de mots, de phrases et de lettres faudra-t-il crier ? Comment transmettre l’indignation d’un peuple opprimé ? Retranscrire des haussements d’épaules de maisons tripolitaines. Et aussi la tristesse d’hommes effondrés face à un désastre à peine annoncé. Ecouter à travers des ondes téléphoniques des amies d’enfance fatiguées. Usure d’une route cabossée et éventrée à répétition. Expliquer à un Occident calfeutré qu’il n’y a pas que des barbares dans ce monde arabe en déconfiture et confusion généralisée. Ecrire depuis un exil affecté. Autistes affligés d’une dictature insupportable de quatre décennies. S’en être débarrassés. Avoir vécu un orgasme inespéré d’espoirs à la déception d’un enfant au cadeau oublié. Faire une chute libre sans parachute. S’écraser sur une terre aux réalités acerbes. A la brutalité absente de scrupules. Une anarchie habitée par l’ignorance et la frustration.La haine cultivée au sein de jardins abandonnés et désolés. Des larmes écœurées face à la bêtise destructrice. Des pourquoi et des comment pulvérisés sous des pelleteuses. La vague naïve de Printemps évaporés et enterrés sous des torrents de boues. La débandade médiatique de Cassandre lumineux. Cautionner des despotes au nom d’une stabilité muselée. S’hérisser de discours qui prônent un passé imposé. S’insurger. Tenter de comprendre. Analyser. Se rassurer. Continuer à vivre. En apnée. C’est l’expression d’une amie libanaise à l’adolescence sacrifiée. Se relever. Marcher vers un je ne sais quoi improbable. Résister à travers des toiles incontournables. Partager avec des inconnus des images. Des articles. Des malheurs. Des bonheurs aussi. Des rêves. Des libertés élémentaires souvent brisées. Assister au naufrage irréversible d’une civilisation. D’une histoire aux cicatrices à nouveau béantes. Sans points de suture. Il n’y a plus personne de disponible aux urgences. Echappée vers un ailleurs incontrôlable. Où allons-nous ? C’est l’ultime souffle de vie soupiré pour une dernière fois. Il nous quitte pour ce mystère irrésolu. Et nous restons là stupides, inutiles et impuissants face à ce destin irréversible.

 

Tahani Khalil Ghemati

Architecte libyenne et suisse

 

Beyrouth le 29 août 2012