" Elle ne pensait qu'à ça. Ramener sa vie à ce point précis. Le point où elle s'était interrompue. Il s'agissait de réunir deux morceaux de terre, deux morceaux de temps. Au milieu il y avait la mer. Elle posait des figues ouvertes en deux sur ses yeux pour retrouver cette saveur douce et granuleuse. Elle voyait rouge à travers les fruits. Elle cherchait le cœur de ce monde qu'elle avait dû abandonner. "

Margaret Mazzantini.

De médiocrité. De bêtise. D’insignifiant avarié. De provocations stériles et bavardes. Insupportables de stupidité. Effroyables de vénalité morbide. Des médias transformés en marchands assoiffés et malades. Un voyeurisme à la demande en rupture de stock. Des lecteurs névrosés avides de viols, meurtres et horreurs en tout genre. Des spectateurs indécents vautrés devant des écrans qui zappent de têtes décapitées à des réfugiés terrifiés sur fond de fumée. Il était une fois dans l’Orient. Une débandade triste et pathétique. Avec des conséquences à peine graves. Comme si la mort et la destruction avaient une saveur orgasmique refoulée. Au nom de la liberté d’expression les biens pensants ont cette fierté arrogante de ceux qui savent. Ils ont ce pouvoir d’écrire, publier et faire fi des dommages collatéraux. C’est formidable de pauvreté d’esprit.J’imagine en direct tous ceux qui se sont procurés les photographies incriminées se chatouiller les chromosomes Y au café du coin. Si seulement cela pouvait s’arrêter à l’heure du pastis. On en rirait aux éclats face à ce qui ne demeure que des caricatures de papier destinées à habiller les litières pour chats ou nettoyer les vitres noircies par des sottises.On pourrait également renvoyer au piquet le dégénéré qui a réussi à accoucher d’un film même pas digne d’une série Z voire d’une pornographie au message minable. Malheureusement cela ne sera pas le cas. Je suis triste et affligée par l’égoïsme d’un Occident indifférent et blessant. Il continue à mépriser ouvertement un monde Arabe au nom d’une liberté de parole acquise sans égards et respect pour tous ceux qui sacrifient chaque seconde, minute et heure leurs âmes aux destins chiffonnés, écrabouillés, déportés et rasés à jamais. Il véhicule des clichés arides délivrés à des esprits sans reculs et ignorants de qui nous sommes. Mais peut-être c’est notre punition. Il nous faudra encore un certain nombre honorable de martyrs pour mériter cette liberté là. Mais l’Occident n’est pas le seul coupable. Nous le sommes aussi. A enfourcher l’adrénaline au moindre coup de stylo encré. A tous ces scuds au défi annonciateur de guerres. De sang. De saccages. De cultes d’assassinats. De haine. De feu. D’explosions. De peurs et bouches figées comme un cri norvégien. Je réclame le sifflet de la maitresse d’école aux lunettes et chignon parfait. Qu’on entre tous en rang deux par deux. Qu’on se donne la main dans cette effrayante terre dissipée et en finir de cette école buissonnière répétitive.

 

Tahani Khalil Ghemati

Architecte Libyenne et Suisse

 

Beyrouth le 19 septembre 2012