Je dois attendre que ma rage d’arabe terroriste s’apaise sinon je risque de me retrouver dans la même benne à ordures que tous les autres. Car c’est bien de tri et de recyclage qu’il s’agit. Mon tarbouche dérangé est pourtant tenté par une riposte réciproque. Cela s’appelle diplomatie dans le jargon politiquement correct. Mais comme je ne suis ni diplomate ni politicienne je vais donc m’exprimer librement sans langue de bois. J’aime le combat à l’épée frontale où les protagonistes se regardent dans les yeux. Un duel courageux à la gare ta gueule à la récré. Personne ne se soucie au nom d’une liberté d’expression galvaudée de l’avenir dramatique d’un monde arabe pris dans un tourbillon névrosé et livré à lui-même. Ni des conséquences d’une publication qui se croit au-dessus de tout avec une dose très élevée d’arrogance à donner des leçons à ces pauvres incultes d’arabes. « Il faut continuer jusqu’à ce l’Islam soit aussi banalisé que le catholicisme. » dixit Charb. Et il poursuit avec son «  On n’a pas l’impression d’égorger quelqu’un avec un feutre. » Mais qu’est-ce qu’il s’imagine ? Que nous en sommes réduits à ce degré de susceptibilité primaire ? Bien sûr que non. Nous ne sommes pas dupes. Arrêtons les mensonges. La manipulation et la désinformation sont en train d’atteindre des sommets où même l’Everest en perdrait sa robe de mariée immaculée. Et cette maladie contagieuse se transmet tel un pou rebelle d’un crâne à l’autre. Je souffre moi-même d’une incontinence verbale depuis février 2011. Et là j’ai une envie folle d’embarquer tous les responsables de presse aux provocations aguicheuses et stériles sur une barque. Leur administrer une fessée royale au claquement de fouet d’une Comtesse de Ségur pour insolence gratuite et non innocente. Et les abandonner sans eau potable ni pain sec avec pour seuls compagnons des requins affamés au milieu d’une méditerranée aux tourments douloureux et à l’agonie lente. Des arabes sans narguilé assis sur un volcan aux boules de feu toujours prêtes à dégainer. Un réveil douloureux et débordé de frustrations multiples. A qui la faute ? Des enfants torturés, décapités et achevés. Des veuves. Des hommes déportés à la disparition sans valeur si ce n’est l’indignation de quelques intellectuels ou des réseaux sociaux au virtuel souvent pathétique et inefficace. Jusqu’à quand les médias Occidentaux vont-t-ils continuer à nous torpiller et retarder une évolution tranchée au scalpel par des dictateurs avides et psychopathes ? Je n’ai plus honte d’être ce que je suis. Une femme libyenne éduquée et libre. Je ne porte plus l’étiquette de terroriste sur mon front telle une étoile de la honte à tous les postes frontières. Je suis arabe, musulmane et fière de l’être. Je ne porte pas le voile noir ou coloré n’en déplaise à certains. Je parle toutes les langues de ce monde en déconfiture. Je suis calme et je sais me tenir à table sans agiter mes mains atteintes d’un Parkinson parfois incontrôlable d’émotions. Je ne représente personne. Je suis moi et aussi des milliers d'autres. Je n’ai pas honte des attentats aveugles ou orientés. Je suis affligée et accablée. Ils sont perpétrés par des hommes payés et manipulés. Personne n’est assez fou et téméraire pour se suicider sans la promesse d’une récompense. A vous les responsables de médias, je n’ai qu’une seule question. Pourquoi maintenant ?

 

Tahani Khalil Ghemati

Architecte Libyenne

 

Beyrouth le 20 septembre 2012