"Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites." Article 18 – Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

 

Vendredi après-midi, mon fils de huit ans et demi rentre de l’école avec ses devoirs. Il a été scolarisé sous la contrainte – par manque de place au Grand Lycée de Beyrouth – dans un des nombreux établissements Catholiques du Liban où nous avions été accueillis à l’époque à bras ouverts. Musulmane et laïque, je me souviens de mon embarras à avouer que je n’avais aucun certificat de baptême. Un document requis lors de l’inscription. Je me suis lancée dans une longue explication sur notre choix œcuménique sous les gros yeux réprobateurs de mon époux. Et le sourire compréhensif de la sœur supérieure. Aucune dispense au cours de catéchisme obligatoire que j’ai accepté en me disant que nous étions tous issus d’Adam et Eve. Jusqu’ici tout va bien trois fois à l’instar d’Hubert le héros du film la Haine. Mais l’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage.J’ouvre le carnet de correspondance et je lis : Résumer le texte suivant. Titre : La Bible ou le portable suivi d’une bulle avec ce contenu : Imaginez ce qui se passerait si nous traitions notre Bible de la même manière que notre portable ? Perplexe et intriguée je poursuis ma lecture. Morceaux choisis. Numéros d’urgence : Quand tu es triste, compose Jean 14, Quand tu es nerveux, compose Psaume 51 (…) Quand tu es en danger, compose Psaume 91. Ainsi de suite. J’hésite entre la crise de l’impact sur le bitume ou le fou rire hystérique. Je suis terrassée par la page de droite au contenu publicitaire pour une banque de la place. Un soutien inébranlable pour l’éducation des jeunes. J’ai le cerveau saturé d’aberrances mystérieuses et je me demande de quelle manière j’expliquerai à mon fiston ce qu’il doit traduire en six lignes. Quelques jours auparavant le quotidien francophone l’Orient le Jour a publié un article intitulé : Le salon de beauté pour petites filles, nec plus ultra libanais. Des Lolitas de quatre ans se faisant faire une manucure ou fêtant leur anniversaire dans un spa. C’est le dernier cri pathétique au Liban, le pays où les films sont censurés pour atteinte à la morale – Beirut Hôtel ou plus récemment My last Valentine in Beirut. Paradoxe d’un pays où aucune fermeture n’a été décrétée pour ces centres de beauté. Il y a juste un collectif féministe Nasawiya qui s’est indigné en proposant des sessions de méditation offertes aux petites filles innocentes en oubliant d’inclure leurs mères irresponsables et oisives. Au milieu de toute cette cacophonie identitaire terrifiante, je ne sais plus quel numéro composer. Psaume 91 ou la banque ?...

 

Tahani Khalil Ghemati

 

Beyrouth le 1er décembre 2012