« Je ne suis ni Athénien, ni grec, mais un citoyen du monde. »

Socrate

 

Je reprends ma plume libre suite à la lecture du sous-titre publié dans l’Orient Le Jour – Fascination du Liban ? Une exposition unique qui jette de nouvelles passerelles entre deux Suisses – Avant tout débat, cessons d’entretenir ce conte qui mijote dans le formol et la naphtaline depuis quelques décennies. Plus personne n’y croit au même titre qu’un père Noël à la hotte de plus en plus éventrée par les guerres, la crise économique et autres malheurs indécents. Le Liban n’est pas la Suisse du Moyen-Orient et la Suisse ne sera jamais le Liban. Dans le temps – expression typiquement libanaise – notre système bancaire flirtait avec les montagnes helvétiques. Un petit pays aux multiples confessions. Une tour de Babel à la punition interminable. Un paradis à la fois béni et maudit sur cette terre aux rêves brisés. Un climat à faire rougir de jalousie un Emirati. Une liberté plus libre que la liberté elle-même. De belles brunes chaloupées aux chevilles rehaussées sur des échasses à rompre le silence d’un moine chartreux. Une déroute digne de grandes fêtes d’été meurtrier sur les places de village. L’exposition du Musée Rath à Genève permettra aux profanes d’aller à la découverte des trésors d’un pays riche en patrimoine archéologique et historique.Cela s’arrête là. La Suisse du Moyen-Orient a peu de choses en commun avec les terres Helvétiques. En tant que citoyenne Suisse résidant à Beyrouth depuis deux ans, je cherche désespérément les similitudes véhiculées par un Pinocchio reparti depuis belle lurette retrouver Gepetto quelque part entre le Canada ou la Côte d’Ivoire. Le rêve des jeunes citoyens libanais, c’est de s’envoler loin de cette Suisse meurtrière où la citoyenneté n’est qu’un vulgaire écrit sur un parchemin écorné depuis trop longtemps. Un gouvernement d’apparat comme les dentelles des napperons ornant les accoudoirs des vieux fauteuils. Une insécurité agrémentée d’attentats. Une mort à la valse sans musique. Une résignation citoyenne. Un civisme inexistant. Une agressivité machiste impunie sur les routes. Une jungle où il faut se signer à chaque trajet. Des inégalités sociales terrifiantes. La maltraitance esclavagiste d’une main-d’œuvre pauvre où même le vieux film Racines fait figure d’enfant de cœur. Des routes défoncées et inondées à chaque orage. Un congé maternité anecdotique. Pas d’assurance chômage ni de retraite. Des hôpitaux à la pointe mais uniquement pour les nantis. Des associations et des initiatives exclusivement privées.La Suisse du Moyen-Orient ? Faut-t-il mériter ce label uniquement pour quelques chaines de montagne et un système bancaire libéral ? La Suisse où j’ai vécu c’est celle du bonjour, merci au revoir et bonne journée. Celle où il n’y a aucun arbitraire ni ce que l’on appelle la plus communément – la wasta – le piston en Français. Aucune lecture entre les lignes. Tout est limpide dans un système huilé où le devoir citoyen est aux antipodes de la Suisse du Moyen – Orient. Allo, Pinocchio reviens, le pays du Cèdre a férocement besoin de toi, ses veines saignent aux soins intensifs.

 

Tahani Khalil Ghemati

Beyrouth le 5 décembre 2012