" L’autre est différent certes. Il ne s’agit pas de nier cette différence ou de prétendre l’oublier mais d’en tirer parti. Car la vie se nourrit de différences. L’uniformité mène à la mort. " Albert Jacquard

 

C’est juste un titre dans le quotidien la Tribune de Genève: – Trop joyeux suivi de Elvetino licencie son artiste du minibar – Un fait divers parmi des milliers de licenciements.C’est l’histoire d’un gars parti de son Ghana natal pour travailler dans les Alpes Suisses. Il vendait des cafés et des sandwiches depuis dix huit ans dans les trains Helvétiques. Un gai luron au sourire éclatant et lumineux de cette Afrique à l’agonie en mode feu doux. Je n’ai jamais rencontré cet artiste singulier qui dansait dans les couloirs feutrés du silence. J’ai juste trouvé sur le web un reportage réalisé en Suisse Alémanique à son sujet. J’ai redécouvert effarée mon pays d’adoption où j’ai vécu pendant plus de trente ans. Cette Suisse que j’ai aimée et détestée. A la mentalité mesquine. A l’honnêteté et propreté légendaire. A la perfection parfois dérangeante. Je ne sais toujours pas si je souffre du syndrome de l’exilée inconsolable et révoltée d’un déracinement sous la contrainte. Ce que je sais c’est que j’ai passé plus de trois décennies à essayer d’entrer dans un moule où être un individu différent vous transforme en vilain canard rebelle venu d’ailleurs. J’ai slalomé sur les pistes noires de l’incompréhension et de l’indifférence individualiste. Il a été congédié pour avoir joué aux rossignols milanais et esquissé quelques entrechats. Un passager se sentant agressé a trouvé le temps d’écrire une réclamation. Elle a trouvé un écho dans une entreprise qui s’est dépêchée d’éjecter l’électron incontrôlable. C’est arrivé près chez vous dans la réserve d’indiens souffrant d’un Alzheimer du sourire. Il y a dans ce sinistre incident un homme au chômage. Un autre satisfait d’avoir réussi à le priver de son gagne pain pour continuer à voyager sans être importuné.Quelle tristesse pathétique et absurde d’une société sur le déclin. Le mot de la fin sera dédié à la joie de vivre de cet homme auquel je souhaite de retrouver rapidement un emploi pour qu’il puisse chanter de belles cantates à Noël près du sapin.

 

Tahani Khalil Ghemati

Architecte Libyenne et Suisse

Beyrouth le 7 décembre 2012