Mon pays qui me dit : "prenez-moi au sérieux", mais qui tourne et s'affole comme un pigeon blessé.


Mon pays difficile tel un très long poème.


Mon pays bien plus doux que l'épaule qu'on aime.


Mon pays qui ressemble à un livre d'enfant,
où le canon dérange la belle-au-bois-dormant.


Mon pays de montagnes que chaque bruit étonne.


Mon pays qui ne dure que parce qu'il faut durer.


Mon pays tu ressembles aux étoiles filantes, 
qui traversent la nuit sans jamais prévenir.


Mon pays mon visage,
la haine et puis l'amour
naissent à la façon dont on se tend la main.


Mon pays que ta pierre soit une éternité.


Mon pays mais ton ciel est un espace vide.


Mon pays que le chois ronge comme une attente.


Mon pays que l'on perd un jour sur le chemin.


Mon pays qui se casse comme un morceau de vague.


Mon pays où l'été est un hiver certain.


Mon pays qui voyage entre rêve et matin.

Nadia Tuéni - Poétesse libanaise