« Car le plus dur dans le malheur, ce n’est pas tellement d’être malheureux, c’est de se trouver privé de son minimum vital d’insouciance, de ce recours au rire ou, mieux encore, au fou rire salutaire qui fait sauter vos circuits et vous laisse pantelant, exhalant un de ces soupirs qui délivrent des pires tensions. Le malheur est désespérément sérieux. »

Benoite Groult

 

Etre nées femmes dans un pays d’hommes. Un hasard génétique, faudra-t-il leur rappeler à chaque empreinte ? Une répétition navrante et enfantine. Des révolutions printanières au parfum de plus en plus altéré. De la Tunisie à l’Egypte avec un arrêt en Libye. Ce pays méconnu au mystère étouffé sous une dictature terrifiante. Un tsunami d’espoirs à sa chute. Des vagues d’un bonheur à peine envisageable. Nos regards ingénus de diaspora exilée d’une réalité à la violence occultée. Un quotidien de femmes humiliées, insultées et méprisées. Putains faciles aux yeux des borgnes sans éducation. Agresser, violer et tuer. Des méduses translucides aux regards apeurés pour un semblant de quiétude. Quelle paix ? Celle de la résignation au tissu hypocrite enroulé sur une chevelure naturelle ? Une déception amère et triste. C’est une amie d’enfance de retour au pays qui me l’a dit. Insultes gratuites. Arbitraire d’un chaos armé jusqu’aux dents. Etre une femme dans cette Libye libre, c’est quoi ? Ne pas oser s’aventurer seule sur des ruelles pourtant si familières. Avoir à nouveau cette anxiété au ventre noué. Sommes-nous condamnées à n’être que des ombres frémissantes à la rencontre de boules enfermées dans un entrejambe pathétique ? Ils ne savent pas aimer parce qu’ils ont grandi dans le culte d’une aversion féminine dérangeante. Un sexe faible selon eux. Est-ce une raison suffisante pour nous empêcher de vivre libres et joyeuses ? Mais d’où vient donc cette terreur d’être simplement une femme ? Je suis mélancolique d’un temps qui n’a jamais été dans ces pays là. Ce n’était qu’illusion d’optique et erreur sur la marchandise. Un gâchis à la mort pourtant annoncée. Il faudra quatre autres décennies peut-être. Je ne serais sans doute plus là. Adieu, ignorance. Bonjour, ignorance.

Tahani Khalil Ghemati

Beyrouth le 9 janvier 2013