En quelques jours nous sommes redevenus ce que nous étions malgré nous pendant quatre décennies. Des parias au tatouage indélébile. L’intervention de la France au Mali et la prise d’otage d’un site gazier en Algérie ont suffi pour que l’hystérie collective médiatique se déchaine à nouveau. La Libye, ce vaste pays aux frontières perméables rame péniblement depuis deux ans afin de retrouver une sécurité et l’estime d’une opinion occidentale préoccupée avant tout par ses intérêts financiers. Les attaquants seraient venus de Libye. Un conditionnel affirmatif. Un goût de déjà entendu, vu et savouré des milliards de fois. Mais quelle est donc cette malédiction terrifiante qui frappe désormais nos pays d’Afrique et d’Orient aux histoires et vécus différentes les unes des autres ? Sommes-nous condamnés à stationner dans les couloirs de l’exil, du chagrin et des camps dressés dans l’urgence ? Terroristes, islamistes, extrémistes des istes aux sonorités humiliantes. Niqab et hijab aux cages de plus en plus étroites. Entrevoir le monde à travers un tamis aux grilles bouchées par l’ignorance et le culte du sang. Un monde essentiellement composé d’une fureur brutale où la mort est une danseuse de cabaret. Une garce insupportable. La promesse d’un paradis à une bande de gangsters drogués et manipulés. Je refuse les amalgames au spectre assassin. Je veux croire à nos libertés élémentaires et démocraties possibles au-delà du malheur. Je ne cautionnerai jamais une dictature au nom de la sécurité d’un pays. J’ai bien trop souffert de cette étiquette imprimée telle une lampe frontale pour un destin non écrit mais encaissé dans la souffrance d’un silence inacceptable et indécent.

 

Tahani Khalil Ghemati

Architecte Libyenne et Suisse

 

Beyrouth le 18 janvier 2013