La chambre constitutionnelle de la Cour suprême en Libye vient de franchir un pas décisif et crucial. Abolir l’interdiction de prendre une deuxième épouse sans l’autorisation de la première. Ce qui est certain dans ce type de résolution c’est qu’elle ne sera pas appliquée à la lettre par faute de moyens financiers mais encouragera nos mâles à se pavaner tels des paons pathétiques dans une basse cour et mépriser leurs épouses. Ils pourront la tromper sans en être importunés puisque c’est halal tout cela. Quelle tristesse, hypocrisie et stupidité. Ainsi des milliers de jeunes femmes pour les prochaines décennies si cette loi n’est pas révoquée devront subir le joug et la tyrannie d’un homme à l’insatisfaction permanente. Je ne comprends pas ce plaisir là. C’est un procédé maquillé ouvrant les autoroutes des tromperies avec la bénédiction d’Allah tout puissant. Nous, les femmes Libyennes, on s’interroge sur la suite d’une telle déclaration. Est-ce que la prochaine étape c’est le décret d’une République Islamique à l’instar de l’Iran. Si nous voulons nous laisser dériver au jeu de la provocation. Lançons nous franchement puisque cette goutte nous pend au nez comme la morve d’un lardon auquel sa maman n’a pas appris à se moucher.Soyons honnêtes et dignes une bonne fois pour toutes et ainsi nous serons définitivement des sacs poubelles non recyclables puisque remplacées au bon vouloir de ces hommes. Je n’ose même pas imaginer l’éducation que ces derniers recevront ni dans quelle ambiance de haine ils évolueront ni comment leur regard envers les femmes se construira. Ma pauvre Libye. Cela fait trop longtemps que mon chagrin d’exilée s’éternise. Après le tsunami d’espoirs. Une révolution. Une guerre. Quelques milliers de morts, de disparus, d’orphelins et veuves. Récemment le premier ministre britannique M. Cameron a déclaré lors d’une visite surprise à Tripoli: "Nous sommes vos amis (...) Nous voulons travailler avec vous, être à vos côtés pour bâtir une démocratie prospère, sûre et stable ici en Libye". Il s’adresse à qui au juste ? Aux sites pétroliers ? Au peuple Libyen ? Aux femmes Libyennes ? Je suis affligée, indignée, écœurée par l’absence de neurones d’une poignée de nigauds qui ne perçoivent les choses qu’à travers un œil de bœuf au rétrécissement limité à une jouissance phallocrate.Il est vrai que ce changement de loi était d’une urgence plus vitale que la rédaction d’une constitution, le respect des droits humains élémentaires, la mise en place d’une justice et le rétablissement de la sécurité dans un pays devenu le Far West d’Afrique du Nord. Ma pauvre Libye sur quel autel seras tu sacrifiée ? Sur quel bûcher les femmes libyennes brûleront t-elles ? Victimes et otages d’un gang amputé à la naissance d’une intelligence essentielle à toute reconstruction fertile.

 

 

Tahani Khalil Ghemati

 

Beyrouth le 7 février 2013