" A l'avenir, chacun aura son quart d'heure de célébrité mondiale." Andy Warhol

 

Depuis quelques semaines, c’est mission impossible, à moins d’habiter sur une autre galaxie d’échapper au phénomène Non mais allô quoi façonné, entretenu et sculpté par les médias français. Une saga printanière qui cohabite avec la désormais affaire Jérôme Cahuzac. A priori aucun point commun flagrant entre les deux évènements. Et pourtant, imaginons Jérôme le chirurgien ayant croisé le chemin de Nabila et lui propose une transformation qui la rendra riche et célèbre. Ceci n'est bien entendu qu'une suggestion adressée aux amateurs de voyeurisme vulgaire et aux écrivains déjà sous impression. L’été s’annonce inévitablement morose et névrosé en France. Pour tous ceux et celles qui ont raté quelques épisodes de la saga, il suffit de pianoter Nabila ou Cahuzac sur Google et tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur un allô ou les 15 millions volatilisés d’un homme traqué sans jamais oser le demander apparaitront sous toutes les coutures requises. Un étalage obscène de deux vies qui ne se croiseront peut-être jamais. D’un côté, le prototype d’un salaud affirmé par un Jean-Luc Mélenchon très fâché, ce n’est pas le seul dans un pays qui compte 65 millions d’habitants. De l’autre, l’échantillon d’une jolie brune à la poitrine revisitée qui vient de déposer son Non mais allô quoi auprès de l’Institut national de la propriété industrielle. Invitée sur les plateaux de télévision, elle reçoit régulièrement des propositions d’emploi et semble être très sollicitée. Jérôme C, lui, est contraint de déménager tous les deux jours et plus personne ne veut de lui. C’est le lynchage intégral en attendant les preuves aux accusations de quoi agrémenter un Printemps glacial. Tandis que Nabila, la starlette éphémère est occupée à affoler la plupart des mâles à peu près normalement constitués en étalant ses contours généreux et ensoleillés dans tous les magazines people. Bravo Nabila ! Tu as redonné ses lettres de noblesse à ton prénom. Le groupe féministe ukrainien Femen doit être fier de toi. Enfin, une femme d’origine maghrébine qui applique fidèlement leur devise : sors, déshabille-toi et gagne sans disparaître ou être enfermée. Amina en Tunisie a eu moins de chance que toi. Peut-être que tu peux lui lancer un coup de fil pour proposer ton aide ou ton soutien ?

Il y a quand même plusieurs hics interrogateurs dans toute cette débâcle sociétaire mondiale où les amalgames, les confusions, la soif de pouvoir, la course à l’argent express, l’abondance au détriment des plus démunis, les guerres interminables, les dictateurs assassins, les enfants tués ou déportés dans une indifférence complice, toutes les dérives se sont donné rendez-vous à une partouze géante indécente et absurde.Faut-t-il forcément exhiber nos mamelles de mammifères pour communiquer, revendiquer, se vendre tel un vulgaire morceau de viande en action ? Comment ce message ambigu et insolent sera –t-il décrypté auprès d’adolescentes en mal d’identité à la recherche de repères aux limites de plus en plus biaisées ?

Autrefois, il y a bien longtemps, nos références étaient Aggie l’insouciante, Lili l’espiègle, Alice la détective, le club des cinq ou les histoires de petites filles modèles surréalistes de la Comtesse de Ségur. Allons-nous assister de plus en plus à des choix extrêmes comme celles de la chanteuse Diam’s qui a trouvé la sérénité dans la prière et le voile ?

Je suis une femme affligée et perplexe sur notre morale de parents ennuyeux acharnés dans leur transmission de valeurs d’honnêteté, de dignité, d’humilité, de discours prônant des études, l’obtention de diplômes comme sésames d’ouverture au monde terrifiant du travail. Je suis une femme effrayée et attristée par la médiocrité pathétique qui consiste à médiatiser à outrance un allô shampouiné, un ex-ministre du budget accusé de détournement de fonds ou des femmes nues brûlant des drapeaux salafistes devant la mosquée de Paris. Comment en sommes-nous arrivés là ? Dites-le-moi.

Dites-le-moi du bout des lèvres.

Moi, je l'entends du bout du cœur.

Moins fort, calmez donc cette fièvre.

Oui, j'écoute.

Oh, dites-le-moi doucement.

Murmurez-le-moi simplement.

Je vous écouterais bien mieux

Sans doute

Si vous parlez du bout des lèvres.

J'entends très bien du bout du cœur

Et je peux continuer mon rêve,

Mon rêve.

 

Barbara

 

 

Tahani Khalil Ghemati

 

Beyrouth le 11 avril 2013