"Je ne dois pas oublier comment la détestation, cette détestation fut mon eau. Il a fallu un filet pour que j’en sois extrait. L’exil fut ce filet et c’est une contradiction. L’exil n’est pas une victoire. Qui, par choix, voudrait quitter sa terre natale si cette terre est un lieu de joie? C’est à cette expérience pourtant que je dois d’avoir vu cette détestation qui m’habitait, cette maladie incurable et, la voyant, la réalisant, la diagnostiquant, lui trouver un visage hideux, contraire à tout ce que je désirais être. C’est grâce à l’exil qui vous arrache à vous-même que j’ai réalisé que je n’étais pas celui que je croyais être. Raciste, haineux, sectaire. J’étais cela."(...)

 

"Comment parvenir à défaire cela? Quel médicament prendre? Pour désapprendre? Pour arrêter le déroulé d’un tapis qui nous entraîne de plus en plus loin? Il a fallu retourner le crayon. Cette question est celle du sens accordé aujourd’hui à la parole. Si parole il y a, que devrait-elle être puisque, pendant longtemps, la parole fut l’outil de cette détestation? Elle ne connaît qu’elle. La détestation est son reflet."

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Wajdi Mouawad