« Une absence totale d'humour rend la vie impossible. »

Colette

Suite à l’attentat de l’ambassade de France à Tripoli, le quai d’Orsay a décidé de la mise en sommeil de son école française jusqu’à l’été 2014. Une piqûre de volatile qui affecte une infime poignée de petits libyens. Une injection létale sans mort immédiate. Une belle au bois dormant en sursis. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius est à la recherche de solutions comme par exemple le regroupement immobilier français sur un campus sécurisé. Une sorte de compound en quelque sorte. Un village de schtroumpfs sous haute sécurité. La France est en apnée, noyée sous un tsunami qu’elle peine à contenir. Désemparée et paradoxale dans ses actes. Il faut s’accrocher désespérément au radeau pour essayer de comprendre. La France à l’artillerie lourde, frappes de l’OTAN, aide aux révolutionnaires Libyens, on nous aime c’est certain. Un ami qui nous veut du bien et qui sait comment nous le dire. Un compagnon légèrement versatile sur une brochette grillée. La France est sous tous les fronts et ne sait plus dans quelle direction elle doit s’orienter. Aujourd’hui, le communiqué de presse l’ambassade de France à Tripoli est laconique et hilarant : A compter du mercredi 29/05/2013, l’Ambassade de France à Tripoli confiera la réceptiondes dossiers de demandes de visa (…) Dans un premier temps, seuls les demandeurs voyageant à titre professionnel munis d’une recommandation écrite de l ‘ ambassade seront autorisés à déposer leur dossier auprès de cette société. La date de reprise complète des activités visas de cette ambassade fera l’objet d’une communication ultérieure sur le site internet de l’Ambassade.

Ainsi tous les libyens qui avaient l’intention d’aller en goguette à Paris ou sur la Côte d’Azur, c’est partie remise. Il faudra patienter. Attendre le prince charmant qui embrassera la belle. Patienter. Scruter ce ciel de méditerranée violé à maintes reprises. Soupirer. Inspirer. Tous yogis en puissance. Nous ne sommes pas les seuls. Peuples arabes en lévitation permanente sans direction précise dépendants de puissances aux décisions tranchantes sans état d’âme. A la compassion hypocrite. Aux déclarations  annonciatrices de cauchemars ingérables. A l’indifférence complaisante et voyeuriste. Tous à la merci d’une action décidée pour défendre les intérêts des uns et des autres. Je ne vous crois plus. Tous des Pinocchio indécents. Spectateurs de nos désastres, nos confusions, nos divergences, nos dérives, nos identités schizophréniques et nos désunions haineuses qui ne font que conforter vos certitudes. Je crois qu’il va falloir qu’on se débrouille seuls là. France, j’ai comme un énervant et désagréable vent de trahison. A quel plan penses-tu pour me reconquérir ?

 

Tahani Khalil Ghemati

Beyrouth le 27 mai 2013