bahaa

 

 

Ecrire et lire le chagrin à vif. Le chagrin urgent. Le chagrin état de choc. Le chagrin de l’amitié amputée. Le chagrin de la vie canaille. Le chagrin de cette chienne de vie infidèle. Le chagrin d’un rire envolé. Le chagrin de la vie à l’arrêt impitoyable. Le chagrin de l’injuste. Le chagrin d’une douleur inattendue.

Bahaa, c’est l’ami d’adolescence de Pierre le Français, d’Elias le Libanais et Salah le Syrien. Quatre mousquetaires aux quatre cent coups. Aux fous rires insouciants. Aux discussions nocturnes interminables. Aux tables débordées de victuailles colorées.

Bahaa, c’est l’ami qui nous a fait l’offrande d’un Liban qu’il aime.

Bahaa, c’est l’ami conjugué au présent. Il est là dans nos pensées désemparées et nos souvenirs joyeux.

Bahaa, c’est l’ami au départ stupidement précipité lui, qui était toujours en retard.

Bahaa, c’est l’ami que j’ai connu avec sa jolie fiancée Yasha. A Genève, Chamonix, Milan, Damas ou Beyrouth où nous nous retrouvions dans des restaurants affamés et assoiffés. La spécialité de Bahaa, c’était l’hésitation entre la pizza Napolitaine ou la Marinara à moins que cela ne soit les spaghettis al vongole ou peut-être celles au pistou. Cela pouvait durer de très longues minutes pour se décider finalement pour un steak tartare et rechanger d’avis pour une entrecôte sauce café de Paris avec des frites.

Bahaa, c’est l’ami et le père aimant, au cœur tendre et fragile avec ses deux perles Kyane et Christie.

Bahaa, c’est l’ami qui chante alla fiera dell’est en italien, mes emmerdes en français, play it again Sam en anglais et li Beirut en arabe.

Bahaa, c’est l’ami danseur d’un tango au regard quelquefois voilé de tristesse et aux battements de cils mascara permanent.

Bahaa, c’est l’ami qui nous a appelé un soir de mai 2013. Il est venu s’asseoir face aux montagnes du Metn saupoudrées d’étoiles lumineuses. On a parlé de jasmins à arroser. Il a raconté le frangipanier de son jardin. On a ri de nos ignorances botaniques.  

Bahaa, c’est l’ami au visage souriant débordé de bonté et d’étonnement avec parfois, un brin d’innocence qui nous faisait tous exploser de rire.

Bahaa, c’est l’ami qui nous laisse tous orphelins de lui.

Bahaa, c’est l’ami qui habitera désormais nos cœurs pour l’éternité.

 

Au revoir l’ami, pars, surtout ne te retourne pas.

 

Tahani Khalil Ghemati

Beyrouth le 4 juin 2013