Jeudi 10 Octobre 2013, Hôtel Corinthia Tripoli Libye : Le premier ministre Libyen Ali Zeidan est kidnappé à l’aube par des milices forcément armées. Motif officiel de l’enlèvement : « Crimes et délits préjudiciables à la sureté de l’état. »

Après quelques heures de détention, juste le temps de chauffer la théière de thé vert aux cacahouètes, Ali Zeidan retrouve sa liberté et réapparait tout sourire en compagnie de ses gardes du corps en congé ou somnolant fortement lors de son enlèvement. Cela fait longtemps que la Libye ne fait plus la une ou alors sur des brèves furtives qui n’intéressent pas grand monde. Ce n’est plus un scoop de constater que la Libye n’est qu’un immense désert sans chauffeur et à son bord des milliers de petits tyrans issus de l’ancien régime se battant en duel pour s’approprier le guidon. En perdant violemment il y a deux ans dans un tourbillon de joie festive et de délivrance jubilatoire, son acteur principal qui a amusé tout la planète durant quatre décennies, la Libye se retrouve en souffrance cloitrée dans la zone de transit et se déchire à coups d’attentats meurtriers, enlèvements sordides et règlements de comptes. Un Bronx incontrôlable avec des habitants hagards et perdus vivant dans l’insécurité et souffrant chaque jour un peu plus du syndrome de Stockholm. Après avoir été un état voyou et fait partie des pires listes noires du terrorisme, voilà que nous y sommes à nouveau. Peut-être que nous ne méritions pas plus…

En tant que citoyenne libyenne, j’ai cru comme des milliers de compatriotes à la réhabilitation et la reconnaissance tant attendue d’un pays inexistant. Aujourd’hui, j’ai à nouveau honte que l’on occupe le devant de la scène avec des actes méprisables et dignes d’états bandits. Mais au-delà de la honte, de la colère ou de la rage c’est le chagrin d’un exil qui ne fait que s’affirmer chaque jour un peu plus avec des arguments de plus en plus pauvres de défense.

 

Vendredi 11 Octobre 2013, France Inter, Paris France : L’émission matinale Comme on nous parle de Pascale Clark évoque à la vitesse d’un rapt la Libye sans état, le fiasco dont tout le monde se fout. Dixit un des chroniqueurs politiques. Il y a deux jours en arrière sur ces mêmes ondes, Cécilia Attias ex-Sarkozy, ex-première dame filante, ex-médiatrice en Libye pour la triste histoire des infirmières bulgares et du médecin palestinien est invitée à promouvoir son livre «  Une envie de vérité » édité chez Flammarion. En vrac, elle éclaire la France de sa lumière : « (…) la lampe est belle mais n’est pas allumée. » ou à propos de l’exécution sommaire du dictateur Mouammar Kadhafi le pantin psychopathe : (…) Il méritait un procès en bonne et due forme (…) il fallait l’arrêter, arrêter son gouvernement, arrêter son système, les emprisonner et les juger. « Cécilia Attias ex-Sarkozy a occupé l’antenne d’une radio française publique en nous offrant son instant de vérité débordant de médiocrité stérile. Son voyage en Libye, sa rencontre avec un dictateur érudit et polyglotte, sa force de persuasion pour la libération des otages, son refus de le rencontrer sous la tente, son tourisme dans les hôpitaux de Benghazi, sa démarche humanitaire et apolitique et la conclusion avec la demande d’un procès équitable.

Deux lieux, deux contextes aux antipodes les uns des autres. Des survols éclairs aussi prompts que le tir d’un missile ou la déflagration d’un attentat aveugle. L’actualité tueuse en série est souvent amnésique. Elle nous prend en otage tout en se moquant ouvertement de ses lecteurs, auditeurs ou spectateurs passifs. Elle est dérangeante tout en étant toxique. Je me suis souvenue alors d’une vieille histoire oubliée datant du XIXe siècle, celle des canaris morts ou évanouis au fond des mines de charbon, ils servaient de détecteurs d’évacuation pour les mineurs avant l’explosion ou l’intoxication imminente…

 

Tahani Khalil Ghemati