Je m’étais promise en cette pénible fin d’année 2013 de ne plus écrire sur la Libye ni aucun autre pays arabe et de faire le vœu du silence tel un moine chartreux. Silence de chagrins, silence d’exils, silence de désolations, silence attristé, silence de déception, silence de résilience, silence de dignité, silence enragé, silence dépité, silence d’impuissance, silence de désespoir, silence affligé. Une liste de lamentations muette si longue que même le Père Noël me l’a renvoyée avec la mention : n’habite plus à l’adresse indiquée. Et voilà que je reçois ce matin un article du Monde daté du 19 décembre 2013 au titre suivant : La Libye s’offre le Théâtre éphémère de la Comédie- Française. J’aurais pu l’expédier droit à la poubelle d’un seul clic mais ma curiosité de citoyenne Libyenne a été plus forte. Je découvre alors avec stupéfaction la transaction entre la Comédie-Française et le ministère de la culture Libyen. La somme de la négociation et la générosité de la Libye lors de cette conclusion. Au-delà de l’absurdité d’une situation digne d’une tragédie comique, c’est le sens de cette démarche qui laisse perplexe. Tripoli, capitale de la culture arabe 2014. Enfin une bonne nouvelle au milieu des guerres tribales et autre jeux de pouvoirs. Est-ce que Messieurs Bernard Henri Levy Nicolas Sarkozy et David Cameron ont été nommés directeurs artistiques ? Je suis très fière d’apprendre que la capitale où je suis née il y a cinq décennies dans un berceau nettement moins toxique qu’à l’heure actuelle a été désignée capitale de la culture arabe. Il y a tout de même quelques petits détails empêchant ma joie d’être totale.

La Libye est livrée à elle-même depuis bientôt trois ans. Ses habitants subissent chaque jour les pénuries d’essence dans un pays producteur de pétrole, des coupures d’électricité et d’eau très fréquentes, la fermeture de l’école Française laissant sur le trottoir ceux qui la fréquentaient,  l’insécurité, les attentats, le pénible harcèlement dont souffrent les femmes pour non port de voile islamique, les règlements de comptes entre les anciens du régime, les nouveaux, les pro, les ex qui ont retourné leur veste et la nave va. La Comédie-Française sans état d’âme s’est ainsi débarrassée d’une structure en bois encombrante en la cédant au plus offrant. Ce sera so chic d’expliquer au Libyen lambda qui se demande comment il va faire pour nourrir sa progéniture ou l’éduquer dans des conditions décentes qu’il pourra bientôt assister à la représentation de la Traviata à Tripoli sur la Place des Martyrs assis sur des bancs importés des jardins du Palais-Royal de Paris. Et en attendant que cet événement sans précédent prenne forme et que l’on me convie, je retourne à des lectures moins Kafkaïennes et stériles.