Spectre d’une guerre civile, chaos après l’attaque du parlement libyen par une bande armée, opération «  dignité » à l’est contre l’opération « liberté » de l’autre, rivalités tribales, islamistes infiltrés par des frontières perméables, annonce de fermeture de l’ambassade d’Algérie et d’Arabie Saoudite. Suspension de vols aériens, menaces et inquiétudes. Face à l’avalanche d’informations désordonnées, nous revoilà redevenus acteurs pathétiques de notre destin tragique. Allons-nous faire de l’ombre au 67ième Festival de Cannes ? Certainement pas. Les Mad Max en tongs et bérets noirs à la Che sillonnant le désert à bord de leurs pickup, c’était en mars 2011. Nous sommes devenus tristement has been depuis et plus personne ne se préoccupe de notre sort. Bernard Henri Levy est parti en Ukraine, Nicolas Sarkozy pouponne à Paris et David Cameron sirote sereinement son thé au 10, Downing Street. Repos de guerriers au devoir d’ingérence accompli. Ils ont libéré la Libye et figureront dans les manuels d’histoire. Et après ? Cet après que tous les libyens attendent depuis quatre décennies n’est pas au rendez-vous. Désillusion et amertume. Désespoir et isolement. Incompréhension de civils en attente. Retour du syndrome de Stockholm en puissance. Mais qu’avons nous fait de si punissable au point d’avoir hérité d’un dictateur subi dans un mutisme terrorisé et de ses embryons avec le débarquement de groupes à la menace effrayante parfaitement identifiée par les grandes puissances qui nous observent à travers leurs satellites ? Des singes sautillant et s’agrippant à des barreaux à la recherche de bananes made in America. 

Mourir ou disparaître sous les yeux indifférents de l’Occident. Etre ignorés sans dignité ni reconnaissance individuelle. Et ce n’est que le début de cet héritage à l’odeur nauséabonde. Combien de décennies faudra-t-il pour faire revivre et créer une nation entière ?  J’ai demandé à mon amie d’enfance tripolitaine avant hier : 

- Mais c’est pour quand les élections présidentielles ? Je pensais naïve et sotte m’adresser à une situation civilisée drapée de ma tour Européenne. Elle a éclaté de rire et m’avait répondu : - Mais pourquoi es-tu si pressée ? Nous avons tout notre temps.

Son fils de quatorze ans n’a plus de scolarité régulière depuis mars 2011 et son école française a fermé ses portes le laissant livré seul à ses devoirs du CNED. Une adolescence différente des autres. Ce n’est pas une guerre. Ce n’est pas une maladie incurable. C’est une réalité à l’agonie supportée avec humour, rage et fureur.

 

Tahani Khalil Ghemati