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« Mon cher Ludwig, vous connaissez mal les français. Nous avons le complexe de la liberté, ça date de 89. Nous avons égorgé la moitié de l'Europe au nom de ce principe. Depuis que Napoléon a écrasé la Pologne, nous ne supportons pas que quiconque le fasse à notre place. Nous aurions l'impression d'être frustrés. »

Un taxi pour Tobrouk

 

Située en plein cœur de Tripoli et trônant au centre d’une fontaine, elle était incontournable et faisait corps avec la dame dénudée en bronze la caressant. Elle, c’est la gazelle sculptée par l’artiste italien Angiolo Vannetti. Sérieusement éventrée lors des combats enragés de cet été, la misérable insolente agonisait péniblement jusqu’à son kidnapping il y a quelques jours. C’était un symbole et un point de repère de la ville tripolitaine. Petite, je me souviens de la ronde des voitures s’amusant à tourner en klaxonnant comme sur le manège d’un Luna Park.

Après les destructions des mosquées datant de l’empire ottoman et la profanation sans vergogne et indécente des tombes présentes depuis le 18ième  siècle voici le tour des sculptures ayant eu le toupet de s’exhiber dans le plus simple appareil depuis les années trente sans que personne ne s’en offusque. Mais quelle sera la prochaine cible ? Je ne peux m’empêcher de songer à nos sites archéologiques greco-romains de Leptis Magna, Sabratha et Cyrène classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Ils semblent être protégés par le dieu de l’espoir face à ce déferlement de violence frustrée sans précédent débordé de haine à l’acharnement stupide et absurde. Parallèlement à l’énigme de la gazelle qui a été largement commenté par plusieurs médias occidentaux, l’Orient le Jour dans son édition du 7 novembre 2014 a titré : “ De l’effondrement de l’Etat libyen jusqu’à sa possible disparition. “  Nous restons encore du domaine du possible dans ce in between au destin suspendu et sous la tutelle des détenteurs de vérité voulant nous l’imposer avec une hargne véhémente. Je me suis alors souvenue du titre de l’article du Monde daté du mois d’août « La Libye n’existe plus » signé Florence Aubenas que j’avais reçu en plein cœur telle la fronde de Thierry annonciatrice d’une suite tragique où plus personne ne s’étonne ou ne s’offusque et auquel pire encore l’on s’habitue en hochant une tête résignée.

C’est désopilant de noter la multiplication de spécialistes de la Libye depuis notre débâcle. Ils tiennent des discours analytiques et distillent des hypothèses sur une réalité où l’on martèle la litanie du gouffre explosif qui n’aura pas lieu puisque le cratère est omniprésent avec ses multiples cloques sans remède suffisamment efficace pour lui prodiguer des soins ou l’éradiquer. Nous sommes désorientés face à l’indifférence d’une coalition internationale préoccupée par d’autres pays prioritaires dans la hiérarchie des catastrophes humanitaires. Le parfum avarié et nauséabond d’une trahison et de promesses non tenues remonte peu à peu en surface. Les printemps arabes ressemblent désormais à un mirage dans un désert brumeux où le taxi de Tobrouk est bel et bien ensablé en des zones aux mouvances fragiles risquant d’installer leurs campements de nomades encore pour quelques décennies.