Je pensais n’avoir plus rien à écrire ni à ressasser au sujet de la Libye et des conséquences dramatiques de l’intervention militaire occidentale de 2011. J’avais usé toutes mes cartouches d’encre et asséché mes larmes d’exilée à la naïveté stupide d’espoirs il y a trois ans.

Pauvre Libye, c’est ainsi que s’expriment désormais à notre égard certains journalistes ou spécialistes dissertant sur le chaos libyen. Pauvre Libye aux libyens à l’existence insignifiante. Sommes-nous si pauvres au point de n’inspirer qu’un sentiment de pitié gorgé d’indifférence hypocrite ? Qui étions-nous avant le coup d’état de 1969 ? Mais les questions du jour ne sont pas uniquement ces dernières. Ce matin, un ami m’a conseillé un reportage diffusé par la chaine de télévision Arte le mardi 6 janvier dans le cadre de l’émission 28 minutes titré Chaos libyen : Pourquoi personne n’intervient-il ? Y a-t-il le risque qu’un nouveau Khadafi émerge de ce chaos ? Sur le plateau je découvre un chercheur à l’Iris spécialiste du Maghreb et de l’islamisme, une rédactrice en chef adjointe d’un quotidien français en charge de la diplomatie et stratégie ainsi qu’un expert en stratégie militaire. Ils dissertent allègrement tels de bons français éduqués et instruits comme si ils étaient installés à la table d’un bistrot parisien de Saint-Germain des Près. La préoccupation majeure étant le flux de migrants et réfugiés clandestins fuyant les guerres voisines inondant les frontières de cette vieille Europe. Avec ce constat annoncé telle une révélation : le plus vieux concierge et dictateur du bassin méditerranéen a été liquidé par ceux là même avec lesquels il avait signé un accord tacite celui de contenir ou d’éliminer tout ceux qui auraient le toupet de vouloir franchir cette mer séparant la civilisation de la jungle. La loge étant vacante, elle abritera et servira désormais de belle plateforme d’échange pour les trafics d’armes, d’humains ou de drogue. Le monde occidental et en particulier la France était-t-il candide au point de n’avoir pas su anticiper la catastrophe actuelle lors de son intervention en Libye ? Comme j’ai cessé d’être nigaude et de croire au Père Noël depuis longtemps j’ai d’énormes doutes sur ses motivations réelles. Il suffit d’observer la composition de la carte géographique de la Libye pour le comprendre mais il est vrai qu’en matière de géographie les français n’ont jamais fait preuve de brillance. La France et son porte parole de l’époque le grand philosophe Bernard Henri Levy ont insisté sur la protection des civils de Benghazi risquant un massacre sans précédent par le gardien sorti de sa loge en brandissant son bâton. Or, nous savons tous aujourd’hui que la raison principale était d’éliminer cet ami devenu de plus en plus gênant envers l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy. Les soupçons de financement de sa campagne électorale étant une des principales raisons de sa liquidation pure et simple. Je ne crois pas une seule seconde à la bienveillance de la France à notre égard car si c’était le cas pourquoi nous avoir livrés lâchement et abandonnés durant quarante deux ans sous le joug d’un des plus grands terroristes ? Au cours du reportage télévisé, j’ai également pu revoir la prise de pouvoir de mon pays et sa brève histoire. Quel intérêt avons-nous à revoir des images d’archives ressorties des placards qui retracent le parcours et les idéaux ratés d’un dictateur ayant été désigné avec la bénédiction occidentale ?

Quant à la question du risque de l’émergence d’un nouveau petit Khadafi, elle est caduque puisque tous ces embryons en liberté dans le far west libyen s’esclaffent en brandissant leurs drapeaux noirs et ne se sentent aucunement concernés par les théories ou réflexions occidentales. L’occident a peur et tremble pour sa sécurité car ces électrons incontrôlables franchissent une nouvelle étape menaçant sa loge sans isolation ni étanchéité. A Tripoli, il y a ceux qui se frottent les mains en affirmant haut et fort que l’Occident n’a que ce qu’il mérite tandis que d’autres regrettent le temps où certes ils étaient réprimés, humiliés, spoliés et terrorisés mais en sécurité.

Un vieux dicton libyen disait : « Celui qui ne met pas les mains dans les trous ne sera pas mordu par les scorpions. « 

Tahani Khalil Ghemati