"Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent". Jean-Paul Sartre

Tripoli Libye, Hôtel Corinthia octobre 2012

 

J’entre pour la première fois dans l’immense lobby de l’unique cinq étoiles de la ville. Ce jour là, je suis libre, légère et heureuse. Tripoli a été libérée depuis plus d’un an et il flotte encore une saveur aérienne comme si nous étions réconciliés avec des dieux à nouveau cléments et aimants. Il est 17 heures et j’ai rendez-vous avec quelques amies à déguster une tasse de thé vert à la menthe. A l’extérieur, les baies vitrées brillent du lent et doux coucher de soleil sur la surface des eaux bleues du port de Tripoli. Je suis empruntée car peu habituée à fréquenter ces lieux publics réservés généralement à la gente masculine. L’accueil souriant et chaleureux de mes amies a dissipé l’anxiété mais je n’étais pas totalement à l’aise. Nous nous sommes installées dans un coin discret. J’observais les déambulations des uns et des autres quand sont apparus des  man in black à oreillettes. Ils entouraient le premier ministre de l’époque Ali Zeidan. J’étais intriguée et troublée de voir de si près un membre du pouvoir, ce qui était inimaginable sous le régime dictatorial. A ma droite, quelques européens aux airs affairés discutaient chiffres et projets. Une ambiance ordinaire de n’importe quel hôtel au monde. Je me suis alors surprise à rêver moi aussi. Il y avait tant à faire, à reconstruire, aider, éduquer. Avoir des droits civiques mais aussi des devoirs. J’allais créer une fondation sans but lucratif à la mémoire de mon père ou bien une galerie d’art à moins que cela ne soit un musée privé ou alors des écoles de langue, le sésame pour une ouverture sur l’Occident. Rénover les hôpitaux en piteux état, les équiper décemment afin que tous les libyens ne soient plus obligés de se déplacer en Tunisie ou en Suisse y subir les humiliations des cautions et des garanties bancaires. Réformer l’appareil judiciaire. Ecrire une nouvelle constitution. Tant de choses à vivre. Chacun aura sa part du grand plat de couscous  épicé et saupoudré d’une fine poussière de cannelle.Mais rapidement le rêve a été torpillé et réduit à l’état de purée de pois chiches. Comment remercier sans se fâcher Monsieur Sarkozy et  son association de malfaiteurs incompétents au point d’avoir été incapables de remplir leur contrat jusqu’au bout. Ils ont préféré se retirer lâchement et défiler sans vergogne au premier rang à la marche du 11 janvier en réaction à l’attentat de Charlie Hebdo.

Tripoli, Hôtel Corinthia janvier 2015

Un attentat perpétré par trois hommes armés a tué neuf personnes dont cinq étrangers. L’opération a été revendiquée par la branche libyenne jihadiste Etat Islamique. Pourquoi le monde devrait s’inquiéter du chaos qui règne en Libye ? Questionne cyniquement l’Obs daté du 29 janvier 2015. Il a toutes les raisons le monde d’avoir de sérieuses préoccupations car ces électrons déchainés portent en eux tous les ismes faisant trembler tous ceux qui les mixent par ignorance en un joyeux capharnaüm. Une fois de plus le toupet hypocrite occidental me provoque une nausée dont j’ai le plus grand mal à me débarrasser. Ces mêmes grandes puissances continuent à faire allégeance à l’Arabie Saoudite et le Qatar soupçonnés d'être les principaux financiers de ces nouveaux mercenaires. Seront-t-ils punis à leur tour un jour par un Allah dépité hochant la tête en enregistrant au fur et à mesure la liste de leurs méfaits ?