C’est en lisant l’éditorial du journaliste Matthieu Croissandeau publié dans l’Obs du 18 juin et titré : - Il faut aider la Tunisie, que l’adrénaline a recommencé à tapoter mes tempes assoupies. « C’est un appel à l’aide, une demande simple et directe, comme on est en droit de l’adresser à un ami. « Je suis embarrassée et légèrement importunée face une telle requête amicale candide aux frontières débordées de naïveté affligeante. Elles me renvoient à un certain petit prince au dessin répétitif. « Là-bas, on attend tout simplement des gestes concrets, l’arrivée d’investisseurs comme la visite de nombreux touristes (…) Il y va de la survie d’un pays ami. «  Il y a là comme un parfum volatil d’indécence. La survie mercantile. Est-ce tout ce qui préoccupe les occidentaux ? Quel dommage de ne plus pouvoir aller passer des vacances bon marché sur les rivages de Djerba la Gentille à quelques encablures de la Libye la Furieuse.

Cela fait quatre ans que mon pays natal la Libye a fait naufrage et aucun journaliste français n’a jamais rédigé un sincère : - Il faut aider la Libye. Et pourtant, en février 2011 nous étions tous sortis heureux d’espoirs d’une grotte moisie à la colline lumineuse grâce à un célèbre philosophe français et d’un ex président de la République qui s’étaient donné comme mission amicale de nous sauver d’un massacre sans précédent. Qu’en est-t-il aujourd’hui ? L’amitié, c’est une chienne infidèle. Chaos, guerre, indifférence, incompréhension, perte de contrôle et déferlement de migrants désespérés aux portes de l’Europe lorsqu’ils y parviennent.

Qui faudrait-t-il aider réellement ? La Syrie ? Le Liban ? Le Yémen ? L’Irak ? Toute l’Afrique ? What else ? La liste se déroule tel un parchemin ou une bobine sans le mot fin. Y-a-t-il des pays qui méritent plus le label de favoris que d’autres comme si la dignité et la liberté se déclinaient sur des rizières à étages. Je suis extrêmement déçue de lire des éditoriaux aussi troubles et qui brouillent les pistes aux lecteurs profanes de passage. C’est une copie inachevée à compléter où je reste sur ma faim à creuser les strates invisibles de cette méditerranée qui drague les rives d’un Occident barricadé et égoïste.  

 

Tahani Khalil Ghemati

 

Genève le 21 juin 2015