- Ce soir, je veux boire. - 

Ce soir je veux boire

et après me souvenir de rien

être piégée dans la fumée

ne pas avoir peur des conséquences.

Ce soir je veux boire

Je veux échapper aux limites.

Confesser dans la fumée

de mes rêves perdus.

J'allumerai avec des cigares

J'éteindrai avec des boissons

Maintenant j'ai eu l'envie

et tout se tourne en poussière

Ce soir je veux boire

Supprimer tous et tout

Disparaître dans la fumée

et ne pas regarder en arrière de nouveau.

Haris Alexiou – chanteuse populaire grecque

Cet été, on danse le sirtaki sans assiettes brisées devant les distributeurs de banque. La Grèce a réussi cet exploit en quelques jours : voler la vedette à Daesh, la Tunisie,  la Libye, le Yémen, l’Irak, les migrants naufragés ainsi qu’à tous ceux qui disparaissent dans l’indifférence de cet été caniculaire. En règle générale, il ne se passe rien ou presque durant la trêve estivale. Tout s’ensable dans le formol salin pour ne reprendre qu’en septembre. Sauf dans les pays du sud de la méditerranée. On aime bien se faire remarquer juste pour troubler les esprits épuisés de l’hiver ayant pour seule envie légitime : profiter de vacances bien méritées. Les médias du monde entier, les cinéastes, les romanciers, les philosophes, les politiciens tous partis confondus sont en asphyxie verbale depuis que le premier ministre grec Alexis Stipras a annoncé le 27 juin - à la manière d’un œuf de pâques – un référendum pour le 5 juillet où les grecs devront se prononcer sur un oxi – non- ou un naï – oui –  Ce sera un oxi déterminé en un cri de désespoir imprégné de fierté et de lassitude. La liberté ou la mort. L’ancien député européen, Daniel Cohn-Bendit dira dans les colonnes du Monde au lendemain de ce non majoritaire qu’il est en faveur d’un fédéralisme européen : « (…) loin de cette alternative tragique qui fait qu’un peuple n’a le choix qu’entre mourir debout et mourir à genoux. «  Naï, les peuples du Sud ont choisi la dignité à la verticale. Il n’y aura donc pas de fédéralisme fantasmé. Tout ceci me renvoie forcément à des interrogations perplexes face à cette débandade d’images et de mots horrifiés dans tous les sens. Que penser de cette photographie arrogante d’une Christine Lagarde trônant en longues bottes noires jambes croisées avec la légende suivante : - Inflexible face à Athènes.  Pire encore la leçon hurlante au Parlement européen sous les applaudissements aujourd’hui de Guy Verhofstadt, président de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe à l’encontre d’Alexis Tsipras.  «  Cessez de parler de réformes, d’affirmer vos intentions. Ce qu’il faut, ce sont des réformes concrètes, un calendrier précis, un plan ! » Le ton de Guy Verhofstadt est particulièrement agressif et excédé face à la nonchalance de son interlocuteur souriant prenant sagement des notes tel l’écolier réprimandé par son professeur. Est-ce qu’il se serait adressé de la même manière à un autre membre de la communauté européenne ? Ce n’est qu’un coup d’éclat face à une ambulance. Le choc des cultures. Le Nord et le Sud. Le pragmatisme nordique face au fatalisme sudiste. Décidément le Nord ne possède toujours pas les clés de lecture du Sud c’est un peu comme lorsque l’Occident tout puissant souhaiterait appliquer le concept de démocratie à un Orient insoumis qui n’en fait qu’à sa tête aux antipodes des références occidentales. Fakelaki. Bakchich. Corruption. Clientélisme. Armateurs en goguette à Londres. Non, ce n’est pas Tsipras le vilain garnement mais tous ceux qui gravitent en amont et n’ont aucun intérêt que la situation grecque et méditerranéenne ne dessine un plan masse précis avec coupes et façades n’en déplaise à Monsieur Verhofstadt. Bienvenue dans le Sud. Apopse Thelo Na Pio. Yamass, Monsieur Verhofstadt !

 

 

Tahani Khalil Ghemati

Genève le 8 juillet 2015