"C'est votre Révolution et nous vous souhaitons bon vent. Nous serons toujours à vos côtés." David Cameron.

12 décembre 2007 :  Khadafi plante sa tente dans les jardins de Marigny à Paris.

Je le regarde défiler, sourire botoxé, cheveux crêpés, serrer la main à Nico au sourire crispé. Je suis en colère, mes lèvres tremblent, mon front transpire, mes paumes fourmillent. Tout remonte injustement. L'arrogance des préfectures françaises. Les parias que nous sommes devenus. Les larmes de mon père. L'humiliation. L'oppression. Le silence. La mort...

Ce sera tout.

17 février 2011 : la Révolution libyenne éclate.

Je suis surprise, euphorique, débordée et heureuse. Un tsunami d'espoirs, de larmes et de bonheur envahit mon âme endormie blasée et formatée à l'occident rôdé, huilé propre et parfait...Très rapidement les petits drapeaux rouges, verts et noirs se remplissent de sang rouge carmin. Celui de nos combattants courageux qui se retrouvent sur le champ de bataille.C'est la guerre. Elle s'installe. Impitoyable. Intolérable. Innaceptable. Un cauchemar insatiable.

7 mars 2011 : Bernard-Henri Levy à Benghazi.

Bernard en chemise blanche se fraye un chemin au milieu des pick up et nos révolutionnaires déguisés en Mad Max version libyenne quelque part entre Misrata et Benghazi. Je n'ai pas aimé. Il est arrivé dans ma « TV Room » sans prévenir, pas d'invitation. Un intrus, un squatter qui me rappelle ceux qui occupent impunément les maisons de mon père depuis plus de vingt ans. Un viol. Une agression. Une réalité obscène. Violente.

15 septembre 2011 : Sarko, Cameron et Levy débarquent sur les terres libyennes

Je suis fébrile, mes tempes jouent une sonate hystérique, mes mains sont moites, mes doigts frappés par un Parkinson incontrôlable, mon cœur bat la chamade, j'enferme mes enfants dans leurs chambres, je m'installe devant mon poste de télévision, je veux profiter de ce moment historique en égoïste solitaire. J'ai attendu cet instant depuis quarante deux ans. Sept petits mois qui vont basculer ma vie et celle de quelques milliers de libyens. A peine une grossesse à terme. Un accouchement prématuré programmé depuis si longtemps. Au forceps sans péridurale dans la douleur...

Je n'ai rien plus rien à dire ou peut-être tellement de choses à dire, à hurler, à pleurer et cela risquerait de déranger nos trois mousquetaires trop occupés à préparer, baliser, poser leurs bornes dans notre fière et digne Libye...

Je t'aime Tripoli...