«  Dieu est peut-être une solution, mais ce n’est pas la mienne. (…) Puis, j’ai commencé à lire Sartre et Camus et lorsqu’on m’a emmenée à Lourdes, cela m’a achevée. »

Françoise Sagan

 

Lorsque je vivais en Europe, je ne me suis jamais interrogée sur les questions d’ordre spirituel. Je suis née musulmane sur une terre d’Islam au bord de la méditerranée, j’ai grandi au sein d’une famille conservatrice et pratiquante. La religion était intégrée au quotidien et se lever automatiquement à l’appel de la prière, un geste exécuté comme un instinct pavlovien. J’ai toujours vécu et perçu cet acte comme faisant partie de la sphère privée. La mosquée était un lieu réservé pour les vendredis, les jours de fête ou les enterrements. Le Ramadan était lui aussi très respecté et honte à celui qui osait boire ou manger en public. En cachette, je crois que c’était permis. Nos grands-mères disaient que c’était une histoire entre nous et Dieu. J’ai ancré en moi cette foi qui converse régulièrement avec un invisible parfois débordé de doutes. En Occident, j’entrais régulièrement dans les églises allumer une bougie ou rendre visite à Sainte Rita, ma Sainte de l’impossible, celle des causes désespérées. J’aimais penser librement à l’existence d’un Dieu omniprésent dans des lieux de culte indifférents à nos origines confessionnelles. Et puis un jour, j’ai refranchi la méditerranée pour m’installer au Liban, le pays aux multiples confessions. Une richesse culturelle indéniable. Un lopin longiligne à la mosaïque colorée.Un rendez-vous planétaire à la mystique troublante mais à ma grande déception la rencontre n’aura pas lieu. La guerre et ses ravages sanglants se chargeront d’éclater et scinder ce qui aurait pu être un bel exemple de cohabitation. Les musulmans s’enlisent chaque jour un peu plus dans la confusion entre eux sous le regard inquiet des chrétiens. Ce ne sont pas les seuls. C’est la première fois que je perçois le poids oppressant de toutes ces religions aux allures ostentatoires devenues des valeurs refuge au malheur ambiant. Amour et paix sont devenus haine et combat. Indifférence et ignorance de l’autre où l’individualisme prime avant altruisme. Des vies prisonnières de bulles au bord de l’éclatement. Des existences qui se frôlent mais ne se regardent plus. Le Père Noël est en route, je me demande si il s’arrêtera pour se réchauffer sous les tentes de tous les enfants errants et chassés de leurs maisons. Joyeux Noël !

 

Tahani Khalil Ghemati

 

Beyrouth le 20 décembre 2012